Un pénalty de légende envoie l’Allemagne en demi-finale

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Pour la troisième fois de l’histoire, Allemagne et Suisse se retrouvent en quart de finale d’un championnat du monde. Cet affiche entre deux « outsiders » n’est normalement pas favorable au pays le mieux classé. En 1992, l’Allemagne, avec une des meilleures générations de son histoire qui était passée à quelques centimètres d’une demi-finale olympique quelques mois plus tôt, se faisait surprendre par la Nati (1-3). En 2010, les Helvètes, auteurs d’un début de tournoi tonitruant, se faisaient blanchir par le pays-hôte (0-1).

Même si elle devrait être théoriquement favorite, la Suisse sait donc que cet adversaire n’est pas une bonne nouvelle. Les confrontations entre les deux pays se jouent toujours à un but près. Le débat était ouvert sur le poste de gardien, mais malgré son match complètement raté contre la Suède, Patrick Fischer continue de donner la priorité à Leonardo Genoni pour les rencontres à élimination directe. Reto Berra n’a pas non plus totalement convaincu pour changer cette hiérarchie habituelle. Dans le camp allemand, la bonne surprise est la présence de Marcel Noebels qui était sorti blessé contre la Lettonie.

2021 06 03 sui all2Le jeu a la physionomie attendue : très physique et très fermé. L’Allemagne domine la possession mais exerce un forechecking trop passif pour mettre une réelle pression. Elle est peu dangereuse hormis par un tir de pivot de Lukas Reichel. La Suisse semble se satisfaire de laisser son adversaire imprimer le tempo et de jouer en contre-attaques, avec notamment comme atout la vitesse de Grégory Hofmann. C’est pourtant la première vraie séquence installée de la Nati en zone offensive qui fait mouche, grâce à deux défenseurs que certains ne jugeaient pas titulaires indiscutables pour ce match : Santeri Alatalo sert parfaitement Ramon Untersander monté dans le cercle droit (1-0). Lorsque Kurashev – que marquait déjà Kahun – est revenu à la ligne bleue, Marcus Eisenschmid s’est fait piéger et et n’a pas suivi l’arrière suisse en sens inverse. Chaque erreur se paie cash dans ce genre de match…

La Suisse semble éviter d’en commettre et elle ne prend pas la moindre pénalité. Au contraire, avant la mi-match, Mathias Plachta prend 2’+10′ pour une charge contre la bande et Tom Kühnhackl le rejoint en prison (faire trébucher). La Suisse ne profite pas de ces 1’38 à 5 contre 3… mais elle creuse quand même l’écart quatre minutes plus tard. Après perte de palet de John Jason Peterka en zone offensive, sa ligne travailleuse signe une belle contre-attaque. Le duo défensif Müller/Seider et le centre Kahun communiquent mal et Fabrice Herzog se retrouve seul face à Mathias Niederberger pour récpetionner la passe levée de Tristan Scherwey et marquer à mi-hauteur côté mitaine (2-0).

Alors que l’Allemagne se contente de tirs extérieurs sans danger, la Suisse se montre implacable. Un écart de deux buts, rare entre ces deux adversaires, semble rédhibitoire. Pourtant, la ligne de Landshut (composée de joueurs entièrement formée dans ce club) réplique. Les défenseurs suisses suivent le palet quand il ressort vers Marco Nowak, ce qui permet à Tobias Rieder et Tom Kühnhackl de rester seuls face à la cage pour les rebonds (2-1).

2021 06 03 sui all3Pour égaliser, il faut des occasions. C’est la Suisse qui contrôle le jeu en troisième période, sans paraître en danger. L’Allemagne ne change pas sa stratégie très patiente. Le sentiment d’urgence ne semble vraiment l’habiter que dans les cinq dernières minutes… et cela suffit. Lorsqu’elle sort son gardien, un rebond lointain est pris par Leon Gawanke et traverse une forêt de joueurs avant d’entrer dans les filets (2-2).

Après une première occasion de Hofmann servi par Corvi, la prolongation de dix minutes à 3 contre 3 se révèle extrêmement… tactique ! la Suisse ressort plusieurs fois volontairement de la zone offensive pour conserver le palet, mais sans que son adversaire n’ouvre d’espaces pour une attaque rapide. Lorsque l’Allemagne adopte la même option de repli stratégique, c’est tout près de fonctionner : Lukas Reichel peut se retrouver lancé en un contre un face à un attaquant (Hofmann) qui se fait dépasser en patinage arrière mais arrive ensuite à donner un coup de crosse ans le bâton du jeune attaquant berlinois pour l’empêcher de tirer. Une belle passe de Nico Hischier offre aussi à Janis Moser une occasion majeure face à la cage, mais il tire au-dessus. La qualification se jouera aux pénaltys.

Ce fut rarement le cas dans ce Mondial, mais l’exercice est favorable aux gardiens dans un premier temps. Niedeberger n’ouvre pas ses jambes au dribble d’Enzo Corvi, et Leonardo Genoni suit le mouvement de Plachta sans laisser le moindre espace. Andrighetto exécute un mouvement rapide mais le bouclier du gardien allemand posé au sol repousse son tir rasant. Krämmer réussit sa feinte mais son revers passe ensuite au-dessus. Foin des dribbles, les joueurs de NHL sont plus directs : Timo Meier place un tir du poignet en lucarne et Dominik Kahun place le palet à mi-hauteur côté plaque. Toujours impossible de se départager. Andres Ambühl est virevoltant dans ses feintes mais son revers s’arrête sur le haut de la botte. Genoni pare ensuite superbement du gant le tir de Reichel.

Il reste une tentative de part et d’autre. Niederberger a la chance avec lui quand le tir de Grégory Hofmann frappe le manche de son bâton. L’Allemagne, qui n’a jamais mené de tout le match, a alors le palet de la victoire au bout de la crosse de Marcel Noebels : le joueur de l’année en DEL signe alors un « pénalty à la Forsberg« , pour écrire sa propre légende.

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L’Allemagne remporte la « belle » dans ces confrontations germano-helvètes. Mais pour vraiment écrire l’histoire, il faudra ne pas finir quatrième, ce qui avait été le cas des deux précédents vainqueurs de ces derbys en quart de finale.

Désignés joueurs du match : Tom Kühnhackl pour l’Allemagne et Nico Hischier pour la Suisse.

Trois meilleurs Suisses du tournoi selon leur coach : Nico Hischier, Grégory Hofmann et Christoph Bertschy.

Commentaires d’après-match :

Toni Söderholm (entraîneur de l’Allemagne) : « L’équipe a été très calme et concentrée, elle s’est encore sortie de situations difficiles en match. Au troisième tiers, nous avons trouvé un cran supplémentaire en matière d’agressivité, de volonté et de puissance. Cela nous a permis d’égaliser. [Marcel Noebels] est arrivé de Berlin après avoir gagné le championnat, sa confiance est à un autre niveau. On le voit dans son jeu. C’est un but dont on produit des timbres pour un pays. »

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Marcel Noebels

Marcel Noebels (attaquant de l’Allemagne) : « C’est fantastique. C’est un quart de finale, chaque erreur compte. J’étais sorti sur blessure contre la Lettonie, mais le staff médical a fait un travail fantastique pour que je sois là aujourd’hui. Je suis très heureux. Sur ce dernier pénalty, j’ai éteint ma tête et mon coeur a battu moins fort. Je suis content de l’avoir marqué, mais chacun de nous aurait pu le faire. Nous avons écrit l’histoire, c’est incroyable d’être en demi-finale. Nous voulons naturellement encore plus. »

Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « Nous savions que ce serait compliqué, les Allemands mettent le verrou en zone neutre. Ce n’était assurément pas notre meilleur match avec le palet, nous n’avons pas réussi à prendre nos distances après le 2-1. Au troisième tiers, nous avons laissé trop facilement notre ligne bleue, les Allemands ont eu trop d’espaces. Dans les dix dernières minutes, nous aurions dû dicter le jeu, mais nous n’avons pas réussi à reprendre le dessus. C’est une dure leçon pour nous, nous devons maintenant encore un an. Nous avons fait un bon tournoi, nous reviendrons plus forts après cet échec. »

Raphael Diaz (capitaine de la Suisse) : « Cette élimination est difficile à avaler. Ce fut très serré. On a mené jusqu’à 40 secondes de la fin. Le palet a trouvé un chemin vers le fil, on a essayé de bloquer le tir avec deux gars, c’est de la malchance. Ce fut un jeu de patience pendant tout le match. Je crois qu’on n’a pas joué notre jeu en troisième période, on a bien défendu mais on s’est contenté de sortir le palet en allant changer de ligne. Je pense que, pour une prochaine fois, il faudra garder notre système jusqu’au bout. »

 

Suisse – Allemagne 2-2 (1-0, 1-1, 0-1, 0-0) / 1-2 aux tirs au but
Jeudi 3 juin 2021 à 16h15 à l’Olimpiskais sporta centrs de Riga.
Arbitres : Andris Ansons (LET) et Evgeni Romasko (RUS) assistés de Gleb Lazarev et Nikita Shalagin (RUS).
Pénalités : Suisse 0′ (0′, 0′, 0′, 0′) ; Allemagne 14′ (0′, 4’+10′, 0′, 0′).
Tirs : Suisse 22 (4, 10, 4, 4) ; Allemagne 40 (8, 15, 13, 4).

Évolution du score :
1-0 à 15’17 : Untersander assisté d’Alatalo et Kurashev
2-0 à 33’26 : Herzog assisté de Scherwey et Bertschy
2-1 à 37’23 : Kühnhackl assisté de Rieder et Nowak
2-2 à 59’16 : Gawanke assisté de Kahun et Noebels

Tirs au but :
Suisse : Corvi (arrêté), Andrighetto (arrêté), Meier (réussi), Ambühl (arrêté), Hofmann (arrêté).
Allemagne : Plachta (manqué), Krämmer (au-dessus), Kahun (réussi), Reichel (arrêté), Noebels (réussi).

Suisse

Attaquants :
Philipp Kurashev (+1) – Nico Hischier (A, +1) – Andres Ambühl (A, +1)
Grégory Hoffmann (-1) – Enzo Corvi (-1) – Dario Simion (-1)
Sven Andrighetto – Joël Vermin – Timo Meier
Tristan Scherwey – Christoph Bertschy – Fabrice Herzog

Défenseurs :
Mirco Müller – Raphael Diaz (C)
Janis Moser – Ramon Untersander (+2)
Jonas Siegenthaler (-2) – Romain Loeffel (-1)
Santeri Alatalo (+1)

Gardien :
Leonardo Genoni

Remplaçant : Reto Berra (G), Noah Rod. En réserve : Melvin Nyffeler (G), Tobias Geisser, Lukas Frick, Fabian Heldner (D), Killian Mottet (A), Vincent Praplan (A, épaule).

Allemagne

Attaquants :
Marcel Noebels (+1) – Lukas Reichel – Leo Pföderl (+1)
Marcus Eisenschmid – Dominik Kahun (-1) – Matthias Plachta (2’+10′)
Tom Kühnhackl – Stefan Loibl (+1) – Tobias Rieder (+1)
Nico Krämmer – Max Kastner – John Jason Peterka (-1)
Lean Bergmann

Défenseurs :
Moritz Müller (C) – Moritz Seider (-1)
Jonas Müller – Korbinian Holzer (A, -1)
Fabio Wagner – Marco Nowak
Leon Gawanke (+1)

Gardien :
Mathias Niederberger [sorti de 58’35 à 59’16]

Remplaçant : Felix Brückmann (G). En réserve : Niklas Treutle (G), Dominik Bittner, Marcel Brandt (D), Andreas Eder, Frederik Tiffels, Daniel Fischbuch (A).

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