Pendant la guerre, la KHL reprend

Présentation KHL 2022/23 (I) : division Bobrov

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La saison de KHL a débuté hier soir par le traditionnel match d’ouverture entre les finalistes sortants. Le CSKA Moscou a fait exploser le Metallurg Magnitogorsk 6-2 après avoir perdu la première période 0-2. Nous présenterons comme toujours la ligue de manière complète, mais tout comme il a toujours été impossible de l’analyser et d’en savourer les anecdotes sans expliquer le contexte politique de chaque club, une longue introduction s’impose évidemment en cette période de guerre, avant de présenter les équipes de la division Bobrov.

Privés de compétition internationale, les Russes n’ont que la KHL à se mettre sous la dent. Comme le pays, la ligue russe vit dans un relatif isolement. Beaucoup en comprennent très bien les raisons, certains font mine de s’offusquer en relativisant ce qui ne serait qu’une cabale politique. La guerre ne serait-elle donc que « la simple continuation de la politique par d’autres moyens », selon la célèbre formule de Clausewitz ? Dans ce raisonnement, puisque le sport devrait être exempt de politique comme le répètent tous les acteurs du hockey russe, le sport n’a pas à se préoccuper de la guerre. CQFD. Si, bien sûr, on admet le postulat de départ en considérant comme actuelle une situation d’un théoricien militaire prussien il y a deux siècles… Il n’est pas interdit de prendre du recul et de rappeler que la Prusse et son militarisme n’existent heureusement plus que dans les livres d’histoire. Deux guerres mondiales ont conduit à arrêter la gabegie.

Certes, le monde n’est toujours pas exempt de guerres, et beaucoup d’États – notamment la Russie qui n’est pas la dernière à ce jeu – alimentent des conflits par des livraisons d’armes, des soutiens à des groupes séparatistes ou rebelles, ou même des interventions militaires directes plus ou moins temporaires (selon le niveau d’enlisement de la situation militaire et politique). Mais c’est sans commune mesure avec les guerres permanentes qui ont prévalu par le passé. Dans l’ouvrage qui l’a fait connaître (Sapiens), écrit en 2011, le professeur d’Histoire et vulgarisateur Yuval Noah Hariri écrivait : « La violence internationale est tombée à son niveau le plus faible, toutes époques confondues. […] Depuis 1945, à des rares exceptions près, les États n’envahissent plus d’autres États pour les conquérir et les engloutir. » Le dernier en date était l’Irak qui déclencha la première Guerre du Golfe en s’emparant du Koweït. Au XXIe siècle, une armée d’invasion semble un anachronisme. C’était tellement impensable que personne ne voulait y croire (sauf la CIA pour le coup). C’est cet acquis supposé qui a été remis en cause depuis le 24 février 2022, parce que la Russie vit dans le passé et dans la glorification de la conquête.

Les pays nordiques ont été heurtés dans leurs valeurs pacifistes et progressistes. Les pays de l’Est ont vu resurgir les souvenirs douloureux des occupations soviétiques antérieures. Autant de facteurs qui ont fait fuir non seulement les clubs (Jokerit Helsinki et Dinamo Riga) mais aussi la grande majorité des joueurs européens. Néanmoins, la KHL a gardé le même quota d’étrangers (5) et le nombre de Nord-Américains est resté stable. Ils ont « saisi l’opportunité » car ils sont baignés dans une culture qui édicte comme une norme fondamentale et insurpassable la recherche du salaire le plus élevé possible. Une culture aujourd’hui totalement partagée par les Russes, qui n’ont de cesse de décrier certaines « valeurs occidentales » et ont en fait totalement intégré la plus américaine de toutes ces valeurs… On pourrait même arguer que les élites russes actuelles se sont en fait américanisées et dés-européanisées, tournant le dos à leur ancienne culture.

Si l’on s’en tient à présent aux considérations purement pragmatiques et matérielles (pour rassurer cette catégorie nouvelle d’esprits pudibonds qui déteste toute mention de valeur morale), quelle est la vie des hockeyeurs dans cette Russie sous sanction ? Sans trêves internationales, il y aura encore plus de matches (68). Le coût de l’avion a augmenté, car beaucoup d’appareils sont au sol faute de pièces de rechange (occidentales), ne pouvait pas bénéficier de copies chinoises comme c’est le cas avec les pièces automobiles. Il est également très difficile de recevoir de l’équipement de hockey, car les fournisseurs nord-américains interdisent les livraisons vers la Russie, même pour leurs concitoyens.

L’évènement qui aurait vraiment pu faire fuir les étrangers, la chute du rouble, n’a pas eu lieu : la monnaie russe est soutenue artificiellement et les ventes d’hydrocarbures se poursuivent au contraire des importations. Certes, les étrangers de KHL devront convertir leurs roubles en dollars ou en euros, mais leurs agents s’en chargeront malgré les cloisonnements bancaires : ce qui est interdit au citoyen ordinaire devient possible passé un certain montant.

Plus problématique, le cas de la basketteuse américaine Brittney Griner, arrêtée pour possession de 0,7 gramme de cannabis dans la liquide de vapoteuse (ce qui est légal en Arizona où elle vit). Application normale de la loi du pays, a-t-on entendu… Certes, à ce stade. Après sa condamnation à 9 ans de prison (la peine maximale pour plus de 6 grammes, sachant que c’est 15 jours pour une quantité plus faible), les poutinolâtres acharnés prétendront-ils encore qu’il s’agit d’un procès équitable ? Sans parler des négociations ensuite menées par la Russie pour un échange de prisonniers contre le plus célèbre trafiquant d’armes international, évidemment un délinquant du même ordre… Curieusement, ce cas d’une sportive venue jouer dans un club russe et incarcérée – cas pourtant médiatisé – ne semble pas avoir échaudé les hockeyeurs nord-américains. Peut-être ont-ils estimé qu’ils ne commettraient pas la même erreur et qu’ils ne risquaient rien. Et ils ont sans doute raison. Griner était une cible parfaite comme pion politique : elle est noire et lesbienne, soit tout ce que la presse russe y compris sportive vilipende de manière obsessionnelle. L’habitude du Kremlin de sacrifier un bouc émissaire pour faire peur à tous les autres est assez connue depuis l’emprisonnement de l’oligarque Khodorkovski, et l’envoi en caserne du gardien Fedotov pourrait bien d’ailleurs relever de la même stratégie. De plus, le basket n’a pas le même ancrage en Russie où les clubs font jouer une majorité d’étrangers. Il est donc peu probable que les Russes torpillent ce qui reste de la KHL en cherchant des noises aux « braves » – pour employer une expression de la presse russe – qui ont bien voulu y venir.

Il reste enfin un sujet dont personne ne parle, et qu’on occulte souvent jusqu’au jour où malheureusement il faut y penser : l’hôpital. Compte tenu de l’état du système de santé, les riches Russes vont souvent se faire soigner dans des cliniques privées en Allemagne, et c’est particulièrement vrai des hockeyeurs pour leurs opérations et leurs rééducations. Sans vol direct, et avec les problématiques de paiement depuis la Russie, le recours aux chirurgiens allemands pourrait devenir plus compliqué.

 

La fédération russe – qui ne peut plus guère qu’émettre des idées à la cantonade pour le haut niveau puisqu’elle n’a plus d’équipe nationale à gérer – ayant réclamé des croisements entre les deux conférences en play-offs, la KHL avait renvoyé la décision à un comité le 12 septembre. Elle avait alors été critiquée dans les médias parce qu’on ne ne peut pas commencer une compétition sans en connaître la formule. La KHL a donc tranché… la veille du début de saison. Le règlement ne changera pas.

Faute de play-offs croisés, l’affiche de la finale de la Conférence Ouest apparaît « jouée d’avance ». Tout le monde est déjà persuadé qu’elle opposera le CSKA Moscou – tenant du titre – au SKA Saint-Pétersbourg. Pourtant, le plafond salarial instauré depuis deux ans était censé niveler les forces. Il a effectivement bridé le SKA, plus aussi dominant qu’avant. Mais celui-ci a toujours les moyens de payer des indemnités de transfert pour s’arroger les meilleurs joueurs disponibles, cela ne compte pas dans le plafond et lui confère un avantage. Il a ainsi versé des indemnités rondelettes pour acheter l’attaquant russe ayant le plus progressé, Marat Khairullin, au Neftekhimik et s’adjuger ses services pour quatre ans. Il a aussi payé le Dynamo – aux abois financièrement – qui gardait les droits de Dmitrij Jaškin.

Mais le transfert le plus spectaculaire est l’échange de 9 joueurs plus 50 millions de roubles versés au Spartak Moscou contre 1 seul joueur, Aleksandr Nikishin. Le SKA, qui avait été accusé de s’arroger la majorité des espoirs du pays, en a sacrifié une brouette entière pour privilégier la qualité à la quantité. Si le jeu en valait la chandelle, c’est que Nikishin, grand gabarit très mobile, est présenté comme le meilleur talent défensif du pays. Le SKA a certes augmenté son salaire de jeune joueur en même temps qu’il prolongeait son contrat d’un an jusqu’en 2025 (date à laquelle il devrait être devenu un défenseur majeur), mais sans le payer plus que ses collègues. Cerise comme le gâteau, comme Nikishin n’a pas encore 21 ans, il ne compte même pas dans la masse salariale cette saison.

Le SKA semble donc très solide avec une défense homogène et physique, sans avoir trop investi dans ce compartiment. Il ne compte en effet plus qu’un seul étranger, le droitier canadien Alex Grant (ex-Jokerit), car le gardien Aleksandr Samonov n’a plus de concurrent nordique. Comme il est en « chômage technique » en équipe de Russie, le club estime qu’il est prêt à assumer seul le statut de numéro 1. Les économies ainsi réalisées, les Pétersbourgeois les ont investies pour s’emparer des meilleurs attaquants sur le marché : Damir Zhafyarov, dans le top-5 des marqueurs de KHL depuis deux saisons, le Tchèque Dmitrij Jaškin, qui l’était aussi avant une seconde expérience encore avortée en NHL, et Nikolaï Prokhorkin, qui fait son retour au club trois ans après mais qui a manqué la pré-saison sur blessure. Il reste juste 50 millions libres sur les 900 de la masse salariale, mais si Nikita Gusev ne trouve pas de contrat en NHL, on peut penser que le SKA les utilisera pour lui gardera une place (en se délestant en plus d’un attaquant).

Zhafyarov n’a toutefois jamais fait ses preuves dans un grand club (comme Khairullin), Jaškin avait eu l’avantage d’être servi par le meilleur centre de la ligue (Shipachyov) pour briller en KHL, et Prokhorkin est réputé inconstant. Ce n’est donc pas une garantie que cette attaque fonctionnera. Mais c’est un très intéressant défi pour un entraîneur… et plus encore quand celui-ci est le fils d’oligarque devenu coach Roman Rotenberg ! Avec un effectif à moitié reconstruit, et non une équipe déjà en place, c’est maintenant que l’on évaluera mieux ses compétences purement sportives. Ce n’est pas non plus comme si ce profil atypique était seul sur son banc : il a deux adjoints réputés pour les attaquants (Shafranov et Koreshkov) et deux pour les défenseurs (Zubov et Leshchyov).

 

Le SKA n’a plus d’adversaire à sa taille dans sa division Bobrov, réduite à cinq équipes par le départ des Jokerit, et il a acheté le meilleur joueur de chacun de ses deux principaux concurrents. Qu’on ne s’y trompe pas, l’échange « 1 contre 9 » n’a pas ramené beaucoup de joueurs « prêts à l’emploi » au Spartak Moscou : le gros paquet reçu en retour ressemble à un cadeau de taille immense mais de faible valeur, utilisé pour appâter les enfants. Il contenait en fait deux joueurs au rôle marginal pour la profondeur de banc (le défenseur Nikita Sedov et l’attaquant Pavel Kukhstel), trois jeunes certes talentueux mais qui n’ont pas – ou très peu – débuté en KHL (Chibrikov, Krovyakov et Svechkov) plus les droits KHL sur quatre joueurs déjà partis en Amérique du nord, dont les grands espoirs Kirill Marchenko et Ivan Morozov avec qui le SKA a coupé les ponts à la suite de leur de décision de filer outre-Atlantique.

De fait, le bénéfice que le Spartak tirera de cet accord dépendra beaucoup du choix de chacun de ces joueurs de faire carrière en Amérique ou en Russie. Pour développer tout ce beau monde, le club moscovite a en tout cas demandé au Khimik Voskresensk – son équipe partenaire en VHL – de se rajeunir pour devenir une vraie pépinière. Mais quelle place sera faite à tous ces jeunes en équipe première ? La question se pose notamment dans une défense pléthorique, encore renforcée de Joey Keane, défenseur offensif droitier américain de 23 ans qui a été champion AHL au printemps, et de Zakhar Arzamastsev, arrière expérience qui a raté sa dernière saison et qui a une période d’essai de 3 mois dans son contrat.

Mais le poste faible était celui de centre, où le vétéran Andrei Loktionov – qui a re-signé pour trois ans – était la seule certitude, toujours dotée un bon temps de jeu même si son impact offensif est limité. C’est pourquoi Phil Varone a été recruté comme petit centre créatif. L’international biélorusse Artyom Demkov peut jouer ailier ou centre, et cela aurait été le cas de Miks Indrasis si le Letton n’avait pas démenti sa venue au Spartak en précisant qu’il ne jouerait pas dans le « pays de l’agresseur ». Il reste donc des places à prendre, mais pas pour tout le monde. Or, trois des neuf joueurs cédés par le SKA sont des centres. L’un doit être titulaire, l’expatrié Herman Rubtsov, ex-international junior qui semble déjà classé en « espoir déçu » vu ses piètres performances depuis deux ans en KHL (à Sotchi) puis en AHL. Cela laisse des perspectives limitées aux deux autres centres encore prometteurs, l’offensif Maksim Krovyakov et le défensif Fyodor Svechkov.

Les dirigeants du Spartak partent du principe que les jeunes joueurs doivent gagner leur place et qu’ils doivent donc toujours supplanter un concurrent affirmé pour la gagner. Mais, on l’a dit, la stratégie du club rouge et blanc dépend de sa capacité à convaincre ses – désormais nombreux – jeunes de rester. Tarder à leur donner une chance de s’affirmer ne semble pas le meilleur moyen d’y parvenir…

 

Neuvième de la Conférence Ouest l’an passé, le Torpedo Nijni Novgorod espère retrouver sa place habituelle en play-offs en considérant que les Jokerit ne sont plus là. Le staff dirigeant de ce club paraît un peu atypique par rapport à la vieille garde souvent au pouvoir. Maksim Gafurov était le directeur commercial pour l’Amérique du Nord d’Instat – logiciel d’analyse de performance et de données vidéo très bien connu des recruteurs et entraîneurs de hockey – avant de devenir en 2020 le plus jeune directeur général de l’histoire de la KHL. Il n’a jamais joué au hockey mais explique mener des échanges stratégiques avec une vision à long terme, comme celui d’Ivan Chekhovich (au Lokomotiv) au moment où il considérait obtenir la meilleure compensation possible. Des décisions évidemment prises conjointement avec le staff.

Pendant que la Russie ne pleure pas le deuil du dernier président de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev (ce qui s’explique par le souvenir douloureux des années de chaos social et économique qui avaient suivi l’écroulement de l’URSS), rappelons que le nouvel entraîneur de l’équipe Igor Larionov avait été pendant sa carrière de joueur un grand bénéficiaire de la perestroïka en publiant sa fameuse lettre ouverte à Ogoniok. Réputé libre penseur, Larionov avait longtemps été critique des classes dirigeantes du hockey russe, et en particulier du népotisme et de la corruption (pour acheter sa place dans certaines équipes juniors). Autant dire qu’il y a eu un sourire du coin quand le fils de l’entraîneur, Igor Larionov junior, a été engagé : cet attaquant qui vient de fêter ses 24 ans n’avait pas encore marqué le moindre but en senior, peinant à se faire une place même au second niveau suédois. Ceci dit, Larionov jr a gagné objectivement sa place en présaison, en inscrivant des points sur les feuilles de match.

En même temps, le Torpedo a perdu 8 de ses 10 meilleurs marqueurs de l’an passé (et ceux qui n’étaient pas dans ce top-10 avaient inscrit au mieux 6 points…). Les deux joueurs qui restent sont l’ailier américain Kenny Agostino et le défenseur russe Ziat Paygin. Autant dire qu’il y a de la place pour des recrues originales. Par exemple Yu Sato, un Japonais de 20 ans qui s’est formé en Russie (aux Krylia Sovietov) mais ne pouvait pas jouer dans la principale ligue junior (MHL) interdite aux étrangers. Il avait alors été repéré et envoyé en Finlande par un agent de joueurs nommé… Igor Larionov ! On peut encore y voir un cas de favoritisme éhonté, mais quand Larionov – un des plus grands centres de l’histoire du hockey – repère un joueur de 15 ans pour son intelligence de jeu, il sait de quoi il parle. Sato est un risque très mineur car il aura un des salaires les plus bas de toute la KHL (moins de 2 millions de roubles par an, soit environ 30 000 euros).

Si on ne l’entend plus émettre des opinions extra-sportives, Larionov n’a en tout cas rien perdu de ses principes pour ce qui est du hockey. Il n’a pas organisé les camps d’entraînement traditionnels avec cantonnement à la basa qu’il détestait. Et il reste un adepte d’un hockey offensif. Le 7-6 contre le Dynamo en pré-saison a ainsi fait le spectacle. Depuis lors, la position fragile de gardien de but a tout de même été renforcée fin août par l’international slovaque Adam Húska. Aujourd’hui, le poste faible est clairement celui de centre – paradoxal quand on sait qui est le coach. Le « professeur » devra infuser sa science à de jeunes inconnus, dont le Moscovite de 22 ans Lev Komissarov, prêté pour un an par le CSKA où il n’a jamais percé. C’est le projet du Torpedo d’être une plateforme de développement, et cela a plutôt bien fonctionné.

 

Le HK Sotchi s’efforce toujours de promouvoir le hockey sur glace dans ce lieu où il n’avait aucune implantation avant l’attribution des Jeux olympiques 2014. Des stands de billets pour le tournoi de pré-saison ont ainsi été installés sur la plage mais aussi à l’aéroport, en un point stratégique juste devant les tapis de récupération des bagages. L’entraîneur Andrei Nazarov, lui, a toujours la même méthode pour attirer un public peu familiarisé avec les finesses du hockey sur glace : neuf bagarres dans les six premières minutes du match contre son éternel club-cible l’Avangard Omsk, dont une préméditée et organisée après 4 secondes de jeu.

Certains trouvent ça formidable en expliquant que tous les moyens sont bons pour faire parler de soi, d’autres sont désespérés du recours à de telles bassesses et se demandent comment Nazarov peut encore avoir un employeur. Dans tous les cas, on ne le changera pas. Il n’est pas connu pour les subtilités de ses tactiques ni de ses méthodes de préparation physique (son nouveau dada : accrocher une kettleball autour des testicules le soir parce que « on lui a dit que ça fonctionnerait »). Et les bagarres générales ont repris dans le match suivant contre l’Avangard au tournoi de Saint-Pétersbourg, pour que tout le monde sache que le feuilleton reprendra à chaque confrontation. Même le président de la KHL Aleksei Morozov a fini par s’agacer : « Si vous voulez des bagarres, regardez le MMA. »

Et le hockey dans tout ça ? S’il y avait autant de diversions, c’est peut-être parce que chacun savait que le niveau de l’équipe était limité, notamment en défense. Mais les arrivées des arrières canadiens Joe Morrow (dont la venue a été retardée par un passeport perdu) et Brandon Gormley sont censées remédier à ce problème.

Une autre recrue a de quoi faire sourire. La course à la notoriété et aux « vues », c’est aussi ce qui motivait Nikita Popugaev lorsqu’il avait arrêté le hockey pour publier des vidéos humoristiques sur Instagram (voir nos anecdotes d’octobre dernier). Moins d’un an plus tard, il s’est apparemment rendu compte que son plan de carrière était une impasse (Instagram est interdit en Russie comme agent de propagande ennemie) et vient de signer à Sotchi. Il a le talent pour, c’est un gros gabarit pas manchot, mais on verra comment Nazarov s’y prendra pour motiver ce pur produit de la génération Z.

 

VityazAprès le départ inattendu de Yuri Babenko, le Vityaz de Balashikha – qui a encore changé de ville d’attache – a recruté comme entraîneur Vyacheslav Butsaev. Il n’a jamais été connu pour pratiquer un hockey très attractif, ce qui pourrait poser problème pour attirer le public. Ce n’est pas tout pour les dirigeants de le patinoire d’avoir attiré une équipe, encore faut-il que des spectateurs daignent la remplir. Ce n’est pas l’effectif qui va les allécher, c’est un des plus faibles de KHL.

La raison en est assez simple. Le Vityaz a des joueurs russes parfaitement anonymes et bâtissait son succès sur le recrutement judicieux de ses joueurs étrangers. Il a vite compris qu’il ne faudrait plus compter sur les Finlandais. Mais il avait été le premier club à annoncer la signature d’un joueur étranger après l’invasion russe de l’Ukraine, en l’occurrence la prolongation de contrat de Daniel Audette. Sauf que le Canadien avait signé avant la guerre et a finalement changé d’avis. Pas pour raisons politiques, a-t-il déclaré (au journal québécois La Presse), mais parce qu’il n’aurait pas pu voir sa famille pendant toute la saison s’il restait en Russie. Selon l’article 32 du règlement KHL (qui suit le Code du Travail russe), un joueur de moins de 26 ans qui rompt son contrat avant la fin doit théoriquement verser une indemnité égale aux deux tiers du salaire prévu. Audette a donc dû négocier mais a finalement trouvé un compromis car il gardait de bons rapports avec le manager (Varitsky). Cela lui a permis de récupérer sa « transfer card » et de signer à Lausanne.

Dans le même temps, Igor Varitsky – qui faisait ici plutôt ses bonnes affaires en Liiga – a dû changer de marché en prospectant parmi les joueurs toujours prêts à venir en Russie, essentiellement des Nord-Américains. Scott Wilson est le plus prestigieux : il avait contribué avec 6 points en play-offs (3+3) à la conquête de la Coupe Stanley 2017 par les Penguins de Pittsburgh, mais cela fait plus de deux saisons que ce joueur de 30 ans n’évolue plus qu’en AHL et il a donc réorienté sa carrière. L’autre ancien joueur de NHL (12 buts et 3 assists en 84 matches) Tyler Graovac, 29 ans, a déjà passé sa période d’adaptation initiale à la KHL la saison dernière au Dynamo Minsk. Enfin, le recrutement du défenseur Jérémy Roy a fait hurler au désespoir les observateurs russes car il arrive… d’Extraliga slovaque.

 

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