L’un des grands favoris au titre entame sa quête olympique : la Suède débute « en douceur » face au moins bien classé au ranking IIHF, le pays organisateur italien.
L’Italie masculine compte une douzaine de joueurs nés hors d’Italie, mais la plupart représentaient déjà la Squadra azzurra lors de compétitions précédentes. Le défi qui les attend face aux joueurs NHL est immense et la prestation du gardien Damian Clara, drafté par Anaheim au deuxième tour en 2023, s’annonce décisive.
En face, la Tre Kronor, qui n’a jamais perdu face à cet adversaire, vise ni plus ni moins que la médaille d’or, comme à Turin en 2006. Filip Gustavfsson sera le gardien partant d’un effectif flamboyant. William Nylander, longtemps incertain, est finalement aligné sur la première ligne en compagnie de Joel Eriksson Ek et Adrian Kempe. La surprise vient du fond de l’alignement : Pontus Holmberg monte en grade, alors que Filip Forsberg n’est que treizième attaquant.
L’histoire ne plaide pas en faveur de l’Italie. Les deux duels olympiques ont tourné à l’avantage de la Suède : 23-0 en 1948, 4-1 en 1995. Le dernier match a eu lieu en 2019 lors des Championnats du monde et s’est terminé sur un cinglant 8-0.
La Suède arrive quatre minutes en retard à l’échauffement : sans doute un manque d’habitude à la durée (20 minutes) par rapport à la NHL (16).

Cela ne l’empêche pas de commencer fort : grosse mise en échec de Landeskog, puis, changement de ligne. La montée d’Erik Karlsson crée le danger. Le palet navigue d’un côté du but à l’autre avec un Clara perdu… mais la reprise rate le cadre, le tour de cage aussi et Clara se jette sur le disque ! L’Italie cherche le contre et Daniel Mantenuto accélère sous le nez de Victor Hedman. Son tir n’est pas cadré.
Le gardien italien est ensuite sous pression avec un lancer de la bleue de Gustav Forsling, avec beaucoup de monde devant lui, dont Landeskog à l’affût d’un éventuel rebond.
La patinoire explose après quatre minutes, lorsque Gustavsson contrôle mal un palet envoyé au fond. Il hésite à aller le chercher, recule et perd même sa crosse. Ce gros rebond bêtement laissé retombe pile sur Luca Frigo, tout seul devant lui. Cet ouverture du score improbable fait exploser la patinoire (0-1). Le premier but olympique italien en 20 ans !
La Suède n’a pas la même réussite, car une sortie hasardeuse de Clara ne profite pas à Elias Pettersson, incapable de cadrer son tour de cage – plombé par un arbitrage un peu laxiste, car il était ceinturé par Daniel Glira. La présence suivante est insistante et aboutit à une pénalité italienne. Dustin Gazley assiste, nerveux, à l’installation du jeu de puissance. Deux tirs de William Nylander, une volée d’Adrian Kempe.
Patiente, la deuxième unité spéciale tient le palet, tourne, cherche des remises entre les cercles. Finalement, Mika Zibanejad déniche enfin un renversement de jeu, et Gabriel Landeskog expédie une volée au dessus de la botte de Clara (1-1).

La Suède se montre tout de même gourmande dans ses échanges à la bleue. Déjà interceptée lors du power-play – Jesper Bratt rattrapant son erreur avec un bon repli -, la Tre-Kronor récidive et concède une grosse chance en 3-contre-2. Luca Frigo ne cadre pas, servi en retrait. William Nylander n’a pas plus de réussite devant une cage béante, sur un service d’Eriksson Ek dans le slot…
Le compteur de tirs grimpe (20-3 en moins de 15 minutes !) avec une Suède qui confisque le palet et tourne autour de la zone, cherchant des décalages entre les cercles ; illustration avec un tir puissant de Lucas Raymond, repoussé. Cette domination est pourtant ponctuée d’erreurs grossières, de passes latérales téléphonées qui forcent des retours défensifs que seul leur patinage permet.
Mais la marge est quand même énorme. Un premier tir puissant de Jesper Bratt au cercle droit contraint Clara à laisser un gros rebond à l’opposée. Gustav Forsling ne se pose pas de question et martyrise le palet d’un slap puissant (2-1).
Les tirs continuent de pleuvoir et la sirène retentit : Damian Clara a mérité une pause, lui qui a reçu pas moins de 27 tirs dans ce premier tiers ! Côté suédois, la curiosité vient du statut de la star de Nashville Filip Forsberg. Aligné comme treizième attaquant, il n’a pas joué du premier tiers.

Le deuxième tiers débute de la même manière : un énorme turnover suédois. Un changement de ligne complètement raté, Philip Broberg qui préfère rentrer au banc alors qu’il n’y a personne en couverture. Gazley accélère et récupère le palet, contourne la cage inexplicablement suivi par Raymond et, alors que la défense essaie de recoller les morceaux, l’attaquant italien renverse pour Matt Bradley, qui devance Lindholm. La reprise est immédiate et trompe Gustavsson (2-2, photo ci-dessus). Bradley, natif de Vancouver, a sans doute eu une pensée pour son grand-père italien, Guido…
Pour le reste, l’attaque-défense continue. Tir et rebond de Kempe, sans réussite. Eriksson Ek de l’aile, dégagé. Raslus Dahlin à travers la foule, arrêté, William Nylander qui traverse l’enclave… la liste n’en finit plus.
Il y a quelques jolis mouvements collectifs, à l’image d’un shift de la ligne Bratt-Lindholm-Raymond, qui finit par placer Hedman en position devant la cage… mais ça ne rentre pas. Et toujours, les revirements d’Erik Karlsson qui font passer un frisson dans le dos des supporters.
Un peu après la mi-match, l’Italie enchaîne trois tirs cadrés en trois présences, doublant littéralement son compteur de tirs. Car oui, les locaux, enhardis par leur égalisation, sortent de leur coquille et concèdent moins de chances. Le casse-tête continue pour les joueurs de Sam Hallam, avec un tir de l’aile de Gazley dans la mitaine du gardien du Wild du Minnesota.
Il reste cinq minutes, et nouvelle occasion suédoise. Bratt, en tour de cage, trouve Broberg lancé… volée au dessus. Bizarrement, ce deuxième tiers ne gonfle pas autant le compteur de tirs. Poussive, l’équipe est engluée dans un défense agressive, et passe son temps à faire tourner le palet le long de la bande. Evidemment, ma marge technique reste importante, et cela finit par passer. Kempe sort du fond et trouve un relais de Dahlin et le défenseur fait parler ses mains. En bout de ligne, William Nylander finit le travail sur le rebond, cage ouverte, sur le 40e tir cadré (3-2). Un but qui soulage le favori, bien embêté par ce sparadrap italien qui refuse de se décoller…

Il reste à gérer cet avance contre l’outsider. Après trois minutes, le retenir de Pontus Holmberg n’est pas la meilleure manière d’y parvenir. Les occasions sont pourtant suédoises : Eriksson Ek tout d’abord puis, sur un dégagement le long de la bande, Elias Pettersson, sorti du banc, seul devant Clara. Le joueur des Canucks multiplie les feintes et le portier italien sort un grand écart. Il a du mal à se relever après cet arrêt énorme. Holmberg reprend le jeu, un seul tir italien mais un Clara en souffrance… qui, à la pause télévisée, sort du jeu, remplacé par Davide Fadani.
Après un ou deux tirs de chauffe, Fadani est tout heureux d’entendre son poteau repousser le tir violent de Pettersson. En contre, l’Italie exploite encore les lacunes adverses. Dylan DiPerna est ainsi lancé sur le côté gauche et lève son palet. Purdeller et Mantenuto bataillent sur le rebond, qui file juste à côté du but.
La Suède essaie de tuer le match avec des phases de possession intenses. Zibanejad rate une offrande de Forsling et envoie le palet à travers la zone bleue, mais le disque ne sort pas. L’attaquant de New York bénéficie d’une deuxième chance, un tir lointain avec un très bon écran de Pettersson, et fait mouche (4-2).
L’Italie sort son gardien à trois minutes de la fin, et Victor Hedman conclut le travail cage vide (5-2).
La Suède, parfois brouillonne, un peu trop facile aussi, échappe donc au piège italien. Il reste beaucoup de questions sur la prestation de son gardien Jonas Gustavsson, sur les revirements lors de passes latérales, sur l’usage des joueurs, aussi – Filip Forsberg n’a joué que une présence de 1’07, Oliver Ekman-Larsson aucune. L’essentiel est la victoire, mais il y aura du travail pour corriger les erreurs. Côté italien, la performance de Damian Clara et l’opportunisme en contre-attaque permettent à l’équipe de sortir la tête haute devant son public. C’est une bonne entrée en matière pour le petit poucet du tournoi.

Commentaires d’après-match
Diego Kostner (attaquant de l’Italie) : Nous avons fait un bon match, et Damian sort un match de dingue. Il nous a donné une chance de faire quelque chose et de nous rendre compte que nous pouvions jouer à ce niveau. C’est un excellent gardien et il l’a montré. Nous pouvons être fiers de notre match. »
Cristiano DiGiacinto (attaquant de l’Italie) : « Nous avons travaillé dur pour ce premier match, en saisissant les occasions. Nous avons pris beaucoup de plaisir, je suis fier de représenter ce pays depuis trois ans maintenant. »
Alexander Wennberg (attaquant de la Suède) : « C’est le premier match, il a été plus serré que prévu. Nous allons construire sur ce résultat, les chances étaient là mais nous avons joué trop périphérique. Nous devons plus aller chercher les rebonds. Ils ont été agressifs en contre-attaque et ont fait un très bon match. Nous n’étions pas stressés au fil du match, il fallait continuer à pousser. »
Suède – Italie 5-2 (2-1, 1-1, 2-0)
Mercredi 11 février 2026 à 21h10 à Milano Santagiulia. 11 251 spectateurs.
Arbitres : Jan Hribik (TCH) et Dan O’Rourke (CAN) assistés de David Brisebois (CAN) et Onni Hautamäki (FIN).
Pénalités : Suède 2’ (0’, 0’, 2’) ; Italie 2’ (2’, 0’, 0’)
Tirs : Suède 60 (27, 16, 17) ; Italie 22 (3, 8, 11)
Récapitulatif du score
0-1 à 04’14” : Frigo
1-1 à 09’06” : Landeskog assisté de Zibanejad et Karlsson (sup. num.)
2-1 à 17’53” : Forsling assisté de Bratt et Dahlin
2-2 à 20’37” : Bradley assisté de Gazley et Larkin
3-2 à 36’46” : Nylander assisté de Dahlin et Kempe
4-2 à 55’42” : Zibanejad assisté de Dahlin et Rakell
5-2 à 57’11” : Hedman assisté de Forsling (cage vide)
Suède
Attaquants :
Adrian Kempe – Joel Eriksson Ek – William Nylander
Jesper Bratt – Elias Lindholm – Lucas Raymond
Rickard Rakell (+2) – Elias Pettersson (+2) – Mika Zibanejad (+2)
Pontus Holmberg (2’) – Alexander Wennberg – Gabriel Landeskog (C)
Filip Forsberg [1 présence]
Défenseurs :
Philip Broberg – Erik Karlsson (A, -1)
Gustav Forsling (+3) – Rasmus Dahlin (+1)
Victor Hedman (A, +1) – Rasmus Andersson
Gardien :
Filip Gustavsson
Remplaçants : Jacob Markström (G), Oliver Ekman-Larsson (D). En réserve : Jesper Wallstedt (G), Hampus Lindholm (D), Marcus Johansson (A).
Italie
Attaquants :
Cristiano DiGiacinto (-1) – Matt Bradley (-1) – Dustin Gazley (-1, 2’)
Alessandro Segafredo (-1) – Mats Frycklund – Alex Petan
Luca Frigo (A, +2) – Daniel Mantenuto – Tommy Purdeller
Giovanni Morini (A, -2) – Diego Kostner (-1) – Tommaso De Luca
Défenseurs :
Alex Trivellato – Thomas Larkin (C)
Luca Zanatta (+2) – Phil Pietroniro (-1)
Daniel Glira – Gregory Di Tomaso
Dylan Di Perna (-2) – Jason Seed (-2)
Gardien :
Damian Clara puis à 46’08” Davide Fadani [sorti de 56’51” à 57’11”]
En réserve : Gianluca Vallini (G), Marco Zanetti, Nick Saracino (A).









































