On y est ! Après 24 ans d’attente, l’équipe de France masculine de hockey retrouve les Jeux olympiques. Un menu particulièrement indigeste les attend, avec un Canada peuplé de superstars NHL, une équipe tchèque championne du monde 2024 et, en guise de hors d’œuvre, la Suisse, deux fois de suite finaliste au Mondial.
Et ce premier match commence par une mauvaise nouvelle : Yohann Auvitu, malade, est forfait. Nicolas Ritz et Julian Junca sont en tribunes.
Trois minutes d’enfer
La première minute des Bleues est catastrophique. Antoine Keller sort derrière son but jouer un palet mais sa relance est interceptée le long de la bande. Il revient en urgence et sauve sur sa ligne. Puis, Pierre-Édouard Bellemare est puni en zone offensive pour faire trébucher. La Suisse ne tarde pas à sanctionner la France. Le premier tir de Sven Andrighetto est hors cadre. Le rebond sur la balustrade revient à Philip Kurashev à l’opposée, qui trouve Damien Riat dans l’enclave (1-0, photo ci-dessus). On joue depuis 55 secondes.
Il fallait peut-être en passer par là pour mieux rentrer dans le match. Les joueurs de Yorick Treille mettent de l’engagement, et s’appliquent dans leurs sorties de zone, lançant trois tirs sur Genoni. Mais à la troisième minute, Antoine Keller est battu côté plaque par un tir du cercle gauche signé Janis Moser, entré trop facilement en zone offensive (2-0, photo ci-dessous).
À la cinquième minute, Christian Marti est puni pour avoir retenu Alexandre Texier. Les Bleus s’installent en zone offensive, et le premier tir du joueur de Montréal est ralenti en route, avant de finir dans la mitaine. Il y a ensuite quelques essais, avec notamment un tir de Florian Chakiachvili et une volée de Stéphane da Costa, bien sortie.
Loin d’être timides, les Tricolores tentent des choses. Louis Boudon mène un 2-contre-1 et son centre est intercepté avant de trouver Dylan Fabre. Pour autant, le jeu suisse, rapide et précis, se montre plus dangereux, à l’image de cet essai d’Andrighetto du revers en sortant de la ligne du fond. Puis, Marti se heurte à la botte de Keller.
La Suisse rentre trop facilement dans la défense française : Calvin Thürkauf, par exemple, déborde à droite et laisse sur place Chakiachvili avant de repiquer vers la cage. Keller s’interpose, sans être sûr d’avoir bien le palet sous son corps.
La vitesse n’est clairement pas le point fort des Bleus. Battus au patinage, ils s’en remettent à leur combativité… et aux accrochages. Celui d’Enzo Cantagallo sur Nico Hischier n’échappe à personne et place les joueurs de Patrick Fischer en avantage numérique. La défense essaie de cantonner le jeu à l’extérieur et contrôle les passes dans le slot. Keller s’occupe du reste et la pénalité est tuée.
La France ne lâche pas, et profite de quelques récupérations pour créer un jeu offensif de qualité. Le duo Perret-Fabre obtient deux occasions énormes : Fabre pour Perret en 2-contre-1, et Genoni repousse, puis le rebond repris par Perret est offert à Fabre plein axe… nouvel arrêt ! Deux occasions majeures manquées…
Si l’attaque offre des moments séduisants, la défense souffre bien plus. Le tour de cage de Josi renverse le jeu pour Fiala, qui rate la lucarne d’une cage dégarnie, vexé au point de frapper sa crosse sur le plexiglas.
Les Bleus manquent de réalisme
Il se passe des choses d’entrée dans le deuxième tiers. La première ligne française travaille fort en entrée en zone puis dans les bandes. Da Costa et Texier tiennent la possession et trouvent Cantagallo à la bleue. Le tir à travers la foule échappe à Genoni et échoue à quelques centimètres de la ligne avant de rouler à côté (photo ci-dessous). La Suisse repart de l’autre côté peu après, et Andrighetto expédie un joli tir, pleine barre !
Les Français répondent au défi physique, à l’image de cette bonne charge de Chakiachvili le long de la bande sur Josi. Ils prennent leurs chances en attaque : mise au jeu gagnée par Da Costa et tir de Texier, qui malmène Genoni. Da Costa essaie de bonifier le rebond, ça ne rentre pas. Pas plus de réussite sur une belle sortie de zone de Texier, où Da Costa manque de peu de trouver Cantagallo monté jusque dans le slot.
Puis, sur un changement de ligne, Floran Douay intercepte un revirement : seul devant Genoni, il expédie son revers au dessus ! C’est ensuite Chakiachvili qui allume de la ligne bleue. Les Français réalisent un début de deuxième tiers de très bonne facture.
Il reste à convertir. Une charge de Malgin dans le dos de Chakiachvili les place en supériorité. Stéphane da Costa continue son gros match avec un slap capté par la mitaine de Genoni. Le reste de l’avantage ne donne cependant aucune occasion.
Un tir lointain de Pius Suter, que Keller capte en deux temps, se termine par une échauffourée derrière le but. Sur la présence suivante, Anthony Rech est puni pour accrochage. Pendant la courte pause, Dylan Fabre rentrer au vestiaire, coupé au visage suite à une mise en échec le long de la bande.
Après son mauvais début de match, Keller se montre irréprochable et stoppe un nouveau tir de Fiala. Puis, la défense travaille bien et ne concède aucune chance avant un dernier tir d’Andrighetto en angle fermé. À cinq minutes de la pause, Michael Fora est puni pour une charge avec la crosse sur Guebey (son coéquipier à Davos) qui venait de lui barrer la route en zone offensive : nouvelle chance pour les Bleus.
Mais l’équipe spéciale cafouille sa sortie de zone. Nico Hischier en profite et Keller gagne son un-contre-un ; Da Costa, revenu de manière un peu désespérée, est puni pour cinglage sur la main du Suisse. Le 4 contre 4 est tendu : un changement de ligne trop lent met la défense en difficulté. Josi, servi en retrait, fixe Keller mais ne parvient pas à glisser le palet dans le but depuis la ligne de fond, avec l’intervention de Jules Boscq sur la ligne. Le gardien tricolore se démène et finit par geler le palet.
L’indiscipline continue cependant avec un cinglage de Kevin Bozon. Très vite, Malgin saute sur un rebond de la balustrade et Keller a bien suivi. La défense se sacrifie au bloc dans les dernières secondes, et, après un énorme cafouillage dans l’enclave, Perret se couche devant Moser. Le tiers se termine à 2-0, il reste 31 secondes à tuer…
Meier douche les espoirs français
La défense ne tremble pas sur ces quelques instants, et la France repart vers le but adverse – et Fabre avec un maillot propre floqué du numéro 26. La première chance revient à Perret qui tente un tir en hauteur, mais l’angle est fermé.
Les Bleus essaient : Cantagallo apporte encore un soutien et, lancé par Fabre, est trop court pour une échappée. Genoni stoppe ensuite un autre tir signé Jules Boscq. Côté suisse, pas grand chose… jusqu’à un tir à bout portant de Timo Meier, sauvé par Keller ! Le portier sort une belle mitaine devant Fiala sur l’engagement qui suit, puis un tir de Hischier du cercle droit.
Une charge de Christoph Bertschy dans le dos de Stéphane da Costa offre une chance aux Bleus de recoller au score à 13 minutes de la fin. La Suisse joue très haut et bloque les entrées en zone offensive.
Faute d’exploiter cette occasion, les Bleus se font punir sur un changement de ligne bien trop lent. Roman Josi accélère sur la gauche, contourne le but et fixe Keller au poteau. Timo Meier est le plus rapide dans l’enclave pour récupérer la passe (3-0, photo ci-dessous).
Peu après l’engagement, Keller sort un nouvel arrêt. Le palet, libre, s’offre à Niederreiter en pivot… Poteau !
Les Bleus ont pris un coup sur la tête et le rythme s’en ressent. Ils ne sont pas vernis à 3’47 de la fin, lorsque Meier envoie le palet dans le trafic depuis l’aile gauche… et trouve un trou de souris entre les jambes (4-0).
Le mental est entamé, et Keller doit sortir de nouvelles parades face à une défense en retard. Siegenthaler, tout seul, ne cadre pas, puis Kukan se heurte au portier bleu.
Le score est lourd, 4-0, plus lourd que la physionomie du match ne le laisserait penser. Les Bleus se sont créé de très belles chances de marquer, mais n’ont pas su capitaliser. Ils ont aussi gaspillé bon nombre de supériorités numériques, la faute à des entrées en zone compliquées. Il y aura du travail pour la suite du tournoi, mais la prestation comporte nombre de points positifs, à conserver et améliorer.
Commentaires d’après-match
Jordann Perret (attaquant de la France) : « On a eu un début compliqué, 2-0 ce n’est pas l’idéal. On a bien tenu ensuite jusqu’au troisième, avec beaucoup de chances de marquer, moi, Dylan… C’est vraiment dommage ces deux buts rapides, on a essayé de rebondir. Il y en a deux autres à la fin, mais encore une fois, ce 2-0 fait mal, sinon le reste du match n’est pas mal. Notre plan de match était de garder le match serré le plus possible… mais on n’a pas abandonné, on a travaillé dur, et c’est dommage de ne pas mettre les occasions au fond. On n’a pas peur dans ce tournoi, on mérite notre place et on n’a rien à perdre. On va donner le maximum tous les jours, et on verra à la fin. »
Jules Boscq (défenseur de la France) : « Le match n’est pas mal défensivement, même s’il y a des choses à améliorer. Il fallait rentrer dans la compétition, et on a affiché un bon état d’esprit. Mais face à des équipes comme cela, il faut jouer soixante minutes, sinon ça ne pardonne pas. Nous avions à cœur de rentrer directement dans le match mais ce sont des choses qui arrivent, le 2-0… C’est comme ça, on est allés de l’avant et on peut être fiers de tout le monde, on a tout donné. Offensivement, on peut mettre plus le palet à la cage. On doit concrétiser nos chances. Ce sont les Jeux olympiques, le 5 contre 4 est très important et on doit trouver des solutions. Cela n’a pas marché ce soir. Nous voulions jouer vite vers l’avant, utiliser les rushs, faire vite dès la récupération. Cela nous a donné des occasions ce soir, mais il y a aussi eu pas mal de fois où nous aurions du simplement dégager, au lieu de ça on perd une minute. Il faudra retenir le positif de ce premier match. »
Antoine Keller (gardien de la France) : « Les gars ont été derrière moi tout le temps, et moi derrière eux. Nous avons joué en équipe, c’est une bonne prestation globalement. Le 4-0 ne reflète pas le match, car nous avons eu pas mal de chances, mais Genoni est un excellent gardien qui a fait un bon match. C’était fun, la Suisse c’est mon autre pays, dommage que ça n’ait pas tourné dans le bon sens. »
Yorick Treille (entraineur de la France) : « C’est sûr, on regarde l’horloge, il y a 0-2 après quoi, six minutes, ce n’était pas le plan. Le début était bon, on a mis de la pression mais on prend une pénalité en zone offensive, ça fait 0-1, puis il y a un peu de passivité dans la neutre et ça fait 0-2 sur un shoot difficile. On sait l’importance du premier but. Mais il y a eu une réaction assez positive, de l’engagement et de l’impact physique qu’on aimerait avoir sur la durée entière du match. Après, en termes d’implication, de ce que les gars ont donné, il n’y a pas de reproche. Il faudra être meilleurs si on veut espérer marquer des points dans cette compétition. C’est une question de détails et il faudra travailler là dessus. Mais les joueurs ont tout donné. Pour demain, c’est récup, récup et récup ! On aura un peu plus de temps que les Tchèques qui jouent à 16h40. On va regarder le positif, régler des détails et se concentrer sur nous. On ne va pas leur parler des autres équipes, on connaît leurs qualités. Donc, qu’est-ce qu’on peut faire, nous, et il y a plein de détails qu’on peut ajuster, comme la capacité à mettre les pucks au net. On a eu des occasions, c’est passé proche parfois mais proche ça ne suffit pas, on doit trouver les solutions pour mettre le puck au fond de la cage. Il va falloir passer à autre chose rapidement, demain c’est un gros adversaire. Auvitu ? Il était malade et pas prêt à tenir sa place. Demain, on espère mais on verra. »
Suisse – France 4-0 (2-0, 0-0, 2-0)
Jeudi 12 février 2026 à 12h10 à Milano Santagiulia. 10 627 spectateurs.
Arbitres : Brian Pochmara (USA) et André Schrader (ALL) assistés de Jake Davis et Jonny Murray (USA).
Pénalités : Suisse 8’ (2’, 4’, 2’) ; France 10’ (4’, 6’, 0’).
Tirs : Suisse 43 (16, 14, 13) ; France 27 (11, 8, 8).
Récapitulatif du score :
1-0 à 00’55” : Riat assisté d’Andrighetto et Kurashev (sup. num.)
2-0 à 03’06” : Moser assisté de Fora
3-0 à 50’08” : Meier assisté de Josi et Kukan
4-0 à 56’13” : Meier assisté de Moser et Fiala
Suisse
Attaquants :
Kevin Fiala (+2) – Nico Hischier (A, +1) – Calvin Thürkauf
Sven Andrighetto – Denis Malgin (2’, +1) – Nino Niederreiter (A)
Philipp Kurashev (+1) – Pius Suter (+1) – Timo Meier (+3)
Damien Riat – Ken Jäger – Christoph Bertschy (2’)
Sandro Schmid
Défenseurs :
Roman Josi (C, +1) – Andrea Glauser
Jonas Siegenthaler – Dean Kukan
Janis Moser (+2) – Michael Fora (2’, +2)
Christian Marti (2’, +1)
Gardien :
Leonardo Genoni
Remplaçant : Akira Schmid (G). En réserve : Reto Berra (G), Tim Berni (D), Simon Knak (A).
France
Attaquants :
Charles Bertrand (-1) – Stéphane da Costa (A, -1, 2’) – Alexandre Texier (A, -1)
Jordann Perret – Pierre-Édouard Bellemare (C, 2’) – Dylan Fabre
Sacha Treille (-2) – Justin Addamo (-2) – Floran Douay (-2)
Anthony Rech (2’) – Louis Boudon – Kevin Bozon (2’)
Défenseurs :
Jules Boscq (-2) – Hugo Gallet (-2)
Enzo Cantagallo (2’) – Florian Chakiachvili
Pierre Crinon (-1) – Enzo Guebey
Thomas Thiry (-1)
Gardien :
Antoine Keller
Remplaçants : Martin Neckar (G), Aurélien Dair (A). En réserve : Julian Junca (G), Yohann Auvitu (D, malade), Nicolas Ritz (A).

















































