Amiens – Bordeaux (Ligue Magnus 2019, quart de finale, match 1)

Au bout du suspense

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C’est un nouveau championnat qui commence ! Tels sont les mots de tous les joueurs et entraîneurs lorsque les play-offs sont abordés. Et cette série entre Amiens et Bordeaux s’annonce d’ores et déjà comme l’une des plus disputées de ces quarts de finale, tant l’écart entre ces deux formations est faible. La parallèle avec la saison dernière, où Amiens avait joué Lyon en dernier match de saison régulière puis en quart de finale, est saisissant. D’autant que Bordeaux, comme Lyon, a remporté trois des quatre confrontations entre les deux équipes. Les joueurs s’attendent à une série physique et défensive, et il y a fort à parier que l’opposition à distance entre deux gardiens de l’équipe de France, Fouquerel et Buysse, sera déterminante.

Le décor était planté d’entrée. Les Bordelais, par l’intermédiaire de Glass, Hughesman ou Lessard, mettaient énormément d’intensité et de physique. Les Boxers commençaient bien la rencontre, mais les Gothiques, poussés par un public revitalisé par la victoire en Coupe de France, reprenaient le contrôle de la rondelle.

West remportait une mise au jeu en zone offensive, et Edwards lançait instantanément. Clément Fouquerel captait le palet du gant, et on comprenait qu’il faudrait se battre pour tromper le portier girondin ce soir. Il dégageait une sérénité et une confiance incroyable, par ses mouvements et son langage corporel, qui mettait très certainement sa défense et son équipe en confiance.

Poudrier et Matima avaient la plus grosse occasion de ce début de match. Matima servait Poudrier, bien placé dans le slot, mais ce dernier tirait à coté. La première occasion manquée de la soirée pour les Gothiques, en panne de réalisme. La faute à un Clément Fouquerel exceptionnel. Il sauvait une nouvelle fois les siens lorsque, lors du pénalité différée, Halley était trouvé seul dans l’enclave par Giroux. Il tentait une sorte de « spin-o-rama », mais butait sur la botte du gardien.

Le jeu de supériorité amiénois ne trouvait pas la faille, mais les assauts picards continuaient. Maïa, d’un contrôle magnifique à mi-hauteur en zone offensive, effaçait le dernier défenseur bordelais. Il partait en échappée, épaulé par Bault. Ce dernier recevait le palet, mais son lancer était trop excentré et Fouquerel n’avait aucun problème à le stopper. Puis, ce n’était pas le gant mais la botte qui venait à la rencontre du palet dévié par Halley après un lancer ras de glace de Guillemain.

En toute fin de tiers, Matima arrivait enfin à battre Fouquerel, mais trouvait le poteau. La feinte de corps magnifique de Trabucco avait trompé tout le monde en zone neutre, et Matima partait attaquer la cage, et se présentait devant le gardien. Sa feinte emportait le portier, mais son lancer n’était pas assez précis, et on en restait la dans ce premier tiers. Sur les dix-sept shoots amiénois, aucun n’avait trouvé la faille dans ce premier acte.

Le « show » Fouquerel continuait de plus belle d’entrée de second tiers. Lessard allait s’assoir en prison après un « faire trébucher », et le jeu de supériorité amiénois se mettait en place. Après une belle possession en zone offensive, Giroux voyait sa double tentative repoussée par le dernier rempart des Boxers. L’intensité n’avait pas diminué, et on assistait à un vrai match de play-offs.

Les Boxers subissaient moins que dans la première période et reprenaient même « le momentum » après une pénalité amiénoise. Bordeaux restait alors en zone offensive pendant une longue période, mais cette domination ne se concrétisait que par un lancer peu dangereux de Rambello. Les Samariens subissaient mais ne pliaient pas, à l’image d’un Jonathan Narbonne incroyable qui contrait de nombreux lancers, et qui inspirait ses coéquipiers à faire de même.

La pression s’accentuait sur la cage de Henri-Corentin Buysse dans les cinq dernières minutes. Lui qui n’avait subit que sept lancers en première période, devait faire face à seize tirs dans ce deuxième acte. S’il dégageait moins de sérénité que son homologue, il faisait tout de même le travail et les deux équipes retournaient une nouvelle fois aux vestiaires sur un score nul et vierge.

La mire des hommes de Mario Richer n’était décidément pas réglée dans cette rencontre. La quatrième bloc entrait en zone grâce à un « dump and chase », et Suire allait récupérer au fond de glace. Il trouvait Da Costa qui voyait Bélisle se précipitait dans l’enclave. L’ancien Niçois était servi, mais n’arrivait pas à cadrer dans une position pourtant propice. Paradoxalement, les Picards n’étaient retenus qu’à douze tirs dans les deux derniers tiers, mais avaient les occasions les plus dangereuses, tandis que les Boxers se cassaient les dents sur une défense bien regroupée et des joueurs amiénois qui se sacrifiaient pour couper les angles de tir.

Le match approchait de son terme et s’emballait encore un peu plus. Le décalage était trouvé par les hommes de Philippe Bozon, et Rambelo avait une très belle opportunité. L’ancien Amiénois tirait malheureusement juste au-dessus, et en contre-attaque, Halley se faufilait dans la défense, mais était accroché. L’arbitre accordait aux locaux un tir de pénalité. C’est Giroux qui s’élançait face à Fouquerel, mais le portier bouchait bien ses angles et le score en restait là.

Les Gothiques n’abdiquaient pas. Bault avait une nouvelle occasion en or, lorsqu’il était trouvé par Matima, de derrière la cage. Le défenseur amiénois, seul, avait tout le temps d’ajuster, mais ne cadrait pas. Les Boxers se faisaient une petite frayeur à dix secondes de la fin, quand Edwards déviait un lancer vicieux à ras de glace. Fouquerel était une nouvelle fois impérial, et le match se dirigeait vers les prolongation.

Les hommes de Philippe Bozon prenaient la possession de la rondelle et s’appliquaient à ne pas la perdre bêtement, car il est toujours difficile de la récupérer à trois contre trois. Il fallait une mise au jeu, gagnée par West, pour que les Gothiques récupèrent le contrôle de la rondelle. Ce dernier servait Edwards en zone offensive, qui se frayait un chemin à la cage, mais comme Bélisle et Bault un peu plus tôt, n’arrivait pas à cadrer et à offrir la victoire aux siens. Et à force de gâcher des occasions et de manquer de réalisme, cela finissait par se payer.

Les Bordelais profitaient d’une faute de Bault pour jouer en supériorité numérique. Un peu brouillons dans la première minute de celui-ci, les Girondins frappaient rapidement. Andrew Johnston lançait de la ligne bleue, et Buysse était battu. Les Boxers remportaient donc ce premier round après une rencontre très disputée, mais où les Gothiques pourront avoir des regrets tant ils ont manqué de réalisme, même si la performance exceptionnelle de Fouquerel y est pour quelque chose.

Réactions d’après match :

Mario Richer (entraîneur d’Amiens) : « On a joué un très bon match défensif en ne donnant que seize chances de compter à l’adversaire. Face à Bordeaux, il faut le faire. De notre côté, on a eu nos chances, avec un poteau de Rudy (Matima) en première période et un lancer de punition qu’on ne convertit pas. On n’a pas su en profiter et ils ont un avantage numérique en overtime qui a fait la différence. Ils avaient eu plus de lancer en seconde période mais sans parvenir à les cadrer. On avait réussi à les garder à l’extérieur mais on n’a pas réussi à profiter de nos avantages numériques. Même à trois contre quatre, on a bien joué. Il y a eu un lancer vers le but avec un adversaire qui a bien voilé notre gardien. C’est comme ça. Demain, il faudra jouer de la même manière en essayant de compter un but de plus qu’eux. Je me répète mais on a fait un bon match sans réussir à être efficace. Demain, sera un autre jour. On prend un jour à la fois. »

Philippe Bozon (entraîneur de Bordeaux) : « Je pense que le décor est planté pour la série ! Ça va être intense, avec deux gardiens incroyables. Ce n’est pas facile de trouver la faille sur Henri-Corentin, et de notre côté, Fouky [ndlr : Fouquerel] a été incroyable ce soir. Il nous a bien tenu dans le match. On s’attendait à ce qu’ils mettent beaucoup d’intensité. On a bien débuté, mais on a pris des pénalités qui ont redonné le momentum à Amiens et on a eu du mal à finir la première période. En deuxième c’était plutôt pas mal, et on ne leur a pas laissé trop de lancers. C’est ça, les playoffs. Ça va être beaucoup de duels, d’intensité et des duels de gardiens. On est content de s’en sortir avec une victoire.
C’est difficile de dire si c’est un succès mérité. Il y a eu des occasions de part et d’autre, ils ont eu leur chance, ils ont eu des breaks, ils n’ont pas scoré ! Il faut être honnête, ça aurait pu tourner des deux côtés ce soir, ça tourne pour nous, pour une fois, et c’est positif. J’ai essayé de manager le temps de glace de ceux qui revenaient de blessure. On va vraiment utiliser tout notre effectif, et j’espère que ça paiera. On pense à bien récupérer. Ça recommence à zéro demain ! En playoffs, il n’y a jamais rien d’acquis et il faut vraiment repartir avec la même mentalité demain.
Si on regarde les statistiques depuis plusieurs années, l’avantage de la glace ne vaut plus grand-chose, donc je ne suis pas sûr que la pression bascule sur Amiens maintenant. Tout le monde est bon à domicile et à l’extérieur aujourd’hui, et je ne crois plus trop à cet avantage. »

Amiens – Bordeaux 0-1 après prolongation (0-0, 0-0, 0-0, 0-1)
Vendredi 1er mars 2019, 20h00 au Coliséum. 2300 spectateurs.
Arbitrage de MM. Pierre Dehaen et Alexandre Hauchard assistés de MM. Clément Goncalves et Nicolas Constantineau
Pénalités :  Amiens 6′ (0′, 2′, 2′, 2′) ; Bordeaux 8′ (4′, 4′, 0′, 0′)
Tirs :  Amiens 31 (17, 6, 6, 2) ; Bordeaux 37 (7, 16, 10, 4)

Évolution du score :
1-0 à 64’36 : Johnston [sup. num]

Amiens

Attaquants :
Tommy Giroux – Philippe Halley – Jérémie Romand
Spencer Edwards – Joey West – Bastien Maïa
Pierre-Maxime Poudrier – Mario Trabucco – Rudy Matima
Kévin Da Costa – Félix Plouffe – Thomas Suire

Défenseurs :
Jonathan Narbonne – Ondrej Smach
Léo Guillemain – Holden Anderson
Romain Bault – Louis Bélisle
Axel Prissaint

Gardien :
Henri-Corentin Buysse

Bordeaux

Attaquants :
Victor Barbero – Matthias Terrier – Tanner Glass
Jonathan Lessard – Andrew Johnston – Julien Desrosiers
Alexandre Mulle – Peter Valier – Adam Hughesman
Teemu Loizeau – Julien Guillaume – Vincent Paquin
Tanguy Auger

Défenseurs :
Maxime Moisand – Hugo Gallet
Oldrich Horak – Aziz Baazzi
Jonathan Janil – Aina Rambelo
Jakub Melisko

Gardien :
Clément Fouquerel

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