Amiens – Bordeaux (Ligue Magnus 2019, quart de finale, match 5)

Amiens dos au mur, Bordeaux prend une option

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Si l’on s’attendait à ce que cette série fasse parler d’elle, on ne pensait pas que ce serait suite à des événements « extra-sportifs ». Entre le geste impardonnable de Holden Anderson, suspendu par Amiens pour sa « prise de judo » sur Julien Desrosiers, et la bagarre dans les tribunes de Mériadeck, on n’espérait qu’une seule chose : que le sport reprenne ses droits.

Romand et Lessard étaient suspendus suites aux échauffourées en marge de la victoire des Gothiques mercredi, et les Boxers devaient donc se priver de deux éléments importants, puisque Desrosiers avait vu sa saison se terminer mercredi soir. Les deux présidents, ainsi que le directeur général de la FFHG, Eric Ropert, étaient présents en tribune pour s’assurer du bon déroulement de cette rencontre. Tout était donc réunis pour assister à un match de play-offs et oublier ces accidents regrettables.

Les Gothiques rentraient bien dans cette rencontre et mettaient d’entrée de la pression sur la cage de Fouquerel. Mais comme à plusieurs reprises dans cette série, le réalisme saisissant des Boxers frappait. Sur leur première entrée en zone, emmenée par Hugo Gallet, Buysse renvoyait le rebond de ce dernier dans l’axe, et plus précisément dans la crosse de Johnston. L’ancien Pionnier ne se faisait pas prier, et donnait déjà une longueur d’avance aux visiteurs (0-1, 1’34).

La mauvaise entame des hommes de Mario Richer ne s’arrêtait pas là, et les hommes de Philippe Bozon auraient pu rapidement mener par deux buts. Terrier lançait de la ligne bleue, et Barbero déviait son tir. Buysse perdait de vue la rondelle, et celle ci trainait devant la cage et frôlait la ligne de but, mais sans conséquence.  Comme lors des rencontres précédentes, les Gothiques affichaient une domination stérile : le palet tournait bien, mais un mal fou à se créer des occasions dangereuses.

Et comme lors des rencontres précédentes, les Boxers profitaient de la moindre erreur amiénoise. Valier tentait d’envoyer en fond de glace pour entrer en zone offensive. Suire interceptait le palet, mais sa passe n’était pas assurée. Valier avait bien suivi, se saisissait du palet et partait affronter Buysse en un contre un. Il esquissait une petite feinte du revers et lançait du coup droit, juste au-dessus du gant, en lucarne, et donnait une avance de deux buts à des Bordelais qui ne s’étaient jusque là pas montré aussi entreprenants que les Amiénois (0-2, 10’24). Ces derniers semblaient prendre un coup derrière la tête, et n’arrivaient plus à se montrer dangereux.

Mais grâce à l’homme en forme du moment, l’ex-Bordelais Spencer Edwards, les espoirs picards allaient vite renaître.  West récupérait la rondelle en zone offensive et lançait Edwards d’une superbe passe liftée au-dessus de la crosse du dernier défenseur girondin. L’ailier partait en échappée, et le palet, bien que touché par Fouquerel, terminait se course au fond des filets (1-2, 14’47). Ce but avait pour effet de remobiliser les Gothiques, d’autant que les Boxers enchaînaient les fautes en fin de tiers.

En effet, Glass était pénalisé, puis Baazzi allait s’assoir en prison car son équipe mettait trop de temps à monter sur la glace. Cela offrait deux minutes de double supériorité numérique aux locaux, qui trouvaient la faille, une fois de plus grâce à Edwards. Le palet tournait de gauche à droite, puis Trabucco donnait à Giroux à la bleue. Celui-ci tirait dans le trafic, et Edwards se jetait sur le rebond pour s’offrir un doublé et permettre aux siens d’égaliser avec seulement onze secondes à jouer dans le premier tiers (2-2, 19’49).

Si les quatre premiers matches étaient intenses et engagés physiquement, on n’avait pas la même sensation lors de cette rencontre. La faute peut-être au mauvais geste d’Anderson, ou à des arbitres qui avaient reçu des consignes pour sévir, mais l’atmosphère dans cette rencontre était spéciale. On avait l’impression d’assister à un match de saison régulière, et le deuxième tiers n’offrait pas un énorme spectacle en termes d’occasions.

Si les Gothiques avaient une fois de plus la crosse sur le palet, les Boxers faisaient encore preuve d’un réalisme à toute épreuve. L’absence d’agressivité amiénoise en zone défensive était frappante, et les Bordelais faisaient tourner. Terrier, servi à la ligne bleue, lançait sans contrôle, dans le trafic si souvent imposé par les attaquants girondins. Buysse ne voyait pas la rondelle partir, et ne la voyait que trop tard : le palet s’arrêtait au fond des filets, et contre le court du jeu, les hommes de Philippe Bozon reprenaient l’avantage (2-3, 30’18).

Les Boxers avaient même l’occasion de reprendre deux buts d’avance, car les Gothiques étaient pénalisés coup sur coup. Mais à l’image du jeu de supériorité amiénois, le power-play des Boxers était muet, et Plouffe égalisait même en infériorité. D’une passe lumineuse au-dessus de la défense, Smach envoyait Plouffe sur orbite. Ce dernier ne manquait pas son face-à-face et trouvait la lucarne de Fouquerel. Un superbe but pour égaliser, les tout était à refaire pour les deux équipes (3-3, 35’14). Fouquerel, blessé, laissait sa place à Junca. Le back-up réalisait quelques gros arrêts à peine entré en jeu, mais n’était plus beaucoup inquiété.

Le troisième tiers était lui carrément ennuyant. La faute à des Bordelais qui, en supériorité numérique, trouvaient une nouvelle fois la faille contre le court du jeu. L’histoire se répétait : un lancer de la bleue, dans le trafic, et une déviation de Barbero pour tromper un Buysse impuissant. Mais cette fois-ci, les hommes de Philippe Bozon ne lâchaient pas leur avance, et l’impuissance des Amiénois transpirait lors des dix dernières minutes, tant ils n’arrivaient pas à rentrer et à s’installer en zone offensive. Les Boxers se contentaient de (très bien) défendre leur avance, et de dégager la rondelle en zone neutre pour maintenir leur avance.

Les Boxers allaient donc chercher pour la deuxième fois de la série un match au Coliséum, ce qui leur permettait de mener 3-2 dans la série. Les Gothiques sont donc plus que jamais dos au mur s’ils veulent faire aussi bien que l’année dernière, et aller retrouver Grenoble en demi-finale.

Réactions d’après match :

Mario Richer (entraineur d’Amiens) : « C’est encore un match qui se termine à un but de différence. On a essayé, et il faudra travailler encore plus fort pour les deux prochains matches. On a quand même compté trois buts, mais il fallait en chercher un de plus. Leur deuxième gardien est entré et il a tout arrêté, donc il faut mettre plus de trafic, amener plus de palet au filet et avoir plus confiance.
Il faut donner du crédit à Bordeaux, ils ont très bien joué défensivement. C’est une équipe qui a un très bon système défensif. Ils ont compté à dix minutes de la fin, et sur les dix dernières minutes c’était très difficile de rentrer en contrôle dans leur zone. Ils ont très bien joué et très bien géré la fin de match. C’est une équipe très bonne défensivement et c’est difficile d’aller les chercher lorsqu’ils prennent de l’avance. On a eu des palets qui sont allés près du gardien, mais on n’a pas réussi à prendre le petit rebond qu’il fallait et le but qu’il fallait. Le palet était près, mais il fallait travaillait encore plus fort pour aller le chercher. »

Philippe Bozon (entraineur de Bordeaux) : « Les joueurs ont montré énormément de caractère ! Je suis très fier de l’équipe et de la réaction. On a eu beaucoup d’évènements contre nous, mais on a su garder notre focus sur le match, et je pense que c’est mérité. Honnêtement, on a été meilleur qu’Amiens et dès le début du match. Je suis très fier des garçons, ils ont très bien travaillé ce soir et maintenant il faut tourner la page.
Oui ils sont revenus à 3-3, mais si on regarde depuis le début du match, pour moi, on était au-dessus d’Amiens. Ce sont des évènements qui ont fait qu’Amiens est revenu dans le match. C’était important de rester concentré uniquement sur le match, sur notre jeu, c’est ce que l’on a fait. Les garçons se sont vraiment bien battus, et ils sont récompensés.
Depuis quelques années, on a assez d’expérience en playoffs à Bordeaux pour savoir que rien n’est acquis. Si on reprend mes interviews depuis le début de la série, j’ai dit que je ne croyais pas à l’avantage de la glace, et je reste dans la même optique. Pour l’instant, on s’occupe de savourer un petit moment, de récupérer et mettre tout le monde prêt pour dimanche.
On a mené 2-1 avec un match à la maison, et ça ne s’est pas passé comme on voulait. On va essayer de se servir de ça et arriver prêts, mais pour arriver prêt, il faut s’occuper du physique. Dimanche, ça arrive vite, et ce sera une autre histoire. Il faut juste se concentrer sur faire un bon début de match.
On a confiance en Junca, il a beaucoup de talent. Je le connais depuis un moment, il fait partie des espoirs pour l’équipe de France. Il a de la qualité, et c’est bien aussi pour lui de rentrer dans un match comme ça. Ca lui fait de l’expérience en playoffs, et je suis content pour lui parce que c’est vraiment un bon gars. On sait à quoi s’attendre avec lui.
Pour moi, les playoffs en France sont quasiment les plus difficiles en Europe. Avec le rythme très condensé des matches que l’on a et les déplacements, c’est vraiment affreux physiquement pour les joueurs. Maintenant, on le sait avant la saison, c’est comme ça, et c’est pour ça que le physique a son importance. »

 

Amiens – Bordeaux 3-4 (2-2, 1-1, 0-1)
Vendredi 8 mars 2019, 20h00 au Coliséum. 3000 spectateurs.
Arbitrage de MM. Pierre Dehaen et Alexandre Hauchard assistés de MM. Clément Goncalves et Thomas Caillot
Pénalités :  Amiens 10′ (2′, 6′, 2′) ; Bordeaux 12′ (8′, 4′, 0′)
Tirs :  Amiens 36 (16, 11, 9) ; Bordeaux 27 (13, 6, 8)

Évolution du score :
0-1 à 01’34 : Johnston assisté de Gallet
0-2 à 10’24 : Valier
1-2 à 14’47 : Edwards assisté de West et Maïa
2-2 à 19’49 : Edwards assisté de Giroux et Halley [sup. num.]
2-3 à 30’18 : Terrier assisté de Gallet et Moisand
3-3 à 35’14 : Plouffe assisté de Smach et Narbonne [inf. num.]
3-4 à 47’32 : Barbero assisté de Gallet et Terrier [sup. num.]

Amiens

Attaquants :
Tommy Giroux – Philippe Halley – [Matima ou Poudrier]
Spencer Edwards – Joey West – Bastien Maïa
Pierre-Maxime Poudrier – Mario Trabucco – Rudy Matima
Kévin Da Costa – Félix Plouffe – Thomas Suire

Défenseurs :
Jonathan Narbonne – Ondrej Smach
Léo Guillemain – Louis Bélisle
Romain Bault – Axel Prissain

Gardien :
Henri-Corentin Buysse

Absents : Holden Anderson (suspendu), Jérémie Romand (suspendu).

Bordeaux

Attaquants :
Victor Barbero – Matthias Terrier – Tanner Glass
Alexandre Mulle – Andrew Johnston – Adam Hughesman
Vincent Paquin – Peter Valier – Julien Guillaume
Teemu Loizeau – Tanguy Auger – Jakub Melisko

Défenseurs :
Hugo Gallet – Maxime Moisand
Oldrich Horak – Aziz Baazzi
Jonathan Janil – Aina Rambelo

Gardien :
Clément Fouquerel puis à 36’59 Julian Junca

Absents : Maxime Sauvé (fin de carrière après plusieurs commotions), Julien Desrosiers (entorse acromio-claviculaire), Jonathan Lessard (suspendu).

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