Le Canada frustre la Slovaquie après une pluie de buts

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Après les États-Unis et la Finlande, c’est un autre gros poisson, le Canada, qui se présente sur la route de la Slovaquie. La Double-Croix n’a battu la Feuille d’érable que deux fois en championnats du Monde, au stade des quarts de finale 2002 et 2012, et à chaque fois elle a ensuite atteint la finale de la compétition. Si les hommes de Craig Ramsay, canadien de son état, ont enfin retrouvé leur centre Libor Hudáček, malade jusque là, ils doivent en revanche composer sans le défenseur Marek Ďaloga, toujours en observation après un palet dévié reçu dans le visage. Patrik Rybár fait également son retour devant la cage slovaque.

Battu en entame de tournoi lui aussi par les Finlandais, le Canada s’est promené hier soir contre le promu britannique. Il est difficile de déterminer son niveau actuel mais les automatismes devraient enfin être pris après deux tours de chauffe. On enregistre les arrivées dans l’effectif des attaquants Tyson Jost, des Colorado Avalanche, et de Pierre-Luc Dubois, des Columbus Blue Jackets, ainsi que le retour devant le but de Matt Murray.

On retrouve dans les gradins la même chaude ambiance des deux précédentes sorties de l’équipe nationale. Le premier à décocher est le capitaine Kyle Turris dans le rond gauche et sa frappe est repoussée par Rybár.

Le duel est physique d’entrée de jeu. Le Canada sort ses gros bras sur les bandes mais c´est Dante Fabbro qui s’écroule pourtant devant son banc, victime d’un contact avec Dávid Buc sur son premier shift (six secondes en jeu). Il se relève difficilement, le visage en sang, et prend le chemin des vestiaires pour se faire soigner. Il ne reviendra pas.

Marko Daňo s‘échappe sur la droite mais se précipite et loupe le cadre. Dans la foulée, Libor Hudáček menace le portier canadien dans le slot. La Slovaquie a le couteau entre les dents. Le Canada n’aime pas se faire marcher sur les pieds ; une première baston éclate devant Murray et le public s’en donne à cœur joie pour scander son credo My sme tu doma (« On est ici chez nous »). L’atmosphère est électrique.

Une frappe de Andrej Sekera après un joli mouvement collectif en fond de zone provoque un attroupement devant Murray. Ladislav Nagy est au premier rebond, Studenič au deuxième, fauché dans son entreprise par le gardien, qui laisse donc le champ libre à Matúš Sukeľ pour placer son revers au poteau droit (1-0, 7’14). Quel entame tonitruante de l’équipe locale !

La Steel Aréna exulte de nouveau quelques secondes plus tard. Un contre est mené tambour battant par Mário Lunter à gauche qui centre pour Christián Jaroš ; Murray se jette sur la reprise mais Liška « le Renard » envoie le rebond dans la cage vide (2-0, 8’18).

C’est très tendu ! Le capitaine Sekera s‘embrouille avec son vis-à-vis Turris puis deux autres échanges de poings ont lieu en fond de zone slovaque. La Slovaquie hérite dans l’affaire d‘un premier jeu de puissance (9’51) qui ne donne rien, malgré une belle activité de sa deuxième ligne.

Cadenassé jusqu’ici, le Canada reprend du poil de la bête. Un palet mal maitrisé par Jaroš dans son camp est de suite exploité par Mark Stone dont la frappe tendue permet à Rybár de ne pas se refroidir.

Il ne faut laisser la moindre occasion aux hommes d’Alain Vigneault. Les Slovaques l’apprennent à leurs dépens. Une contre-attaque en ligne menée à trois fait le décalage pour Anthony Mantha qui ajuste Rybár dans le cercle droit (2-1, 16’20).

La Feuille d’érable obtient dans la foulée une supériorité numérique après une crosse haute de Jaroš (16’40). Jonathan Marchessault décoche dans le cercle mais Rybár dévie de la botte. Stone a la cage demi-ouverte à gauche mais bute deux fois sur la barre. Ça chauffe pour les locaux. Sean Theodore remet les compteurs à zéro d’une frappe dans l’axe (2-2, 18’10). Le Canada montre toute sa ressource en effaçant en moins de deux minutes un déficit de deux buts !

Anthony Cirelli retient Pánik et file en prison. En power-play, le gros slap de Černák dans le cercle gauche passe de peu à côté du poteau droit. Damon Serverson charge Hudáček contre la bande et écope en plus de 10 minutes pour méconduite dans les dernières secondes du premier tiers (19’55).

La Double-Croix débute donc le deuxième tiers avec près d’une minute à 5 contre 3. Pánik loupe son face-à-face avec Murray et le tir d’Erik Černák est bloqué par un défenseur. Elle laisse passer l’occasion du double avantage, certes, mais utilise quand même son power-play restant : le vétéran local Ladislav Nagy, qui tirera sa révérence à la fin de ces Mondiaux, dévie dans le slot une frappe de Martin Marinčin envoyée dans le rond droit (3-2, 21’49).

Rybár repousse du bras l’échappée de Mantha. La présence canadienne se poursuit et un gros cafouillage dans l’enclave et la nervosité manifeste entre les joueurs des deux camps refait surface, Rybár, sous un tas de joueurs, n’ayant pas réussi à mettre la main sur la rondelle. Mais ce match est décidément fou ! La relance slovaque qui suit redonne deux buts d’avance à la Slovaquie : Adam Liška reprend le rebond de Dávid Buc entre les jambes de Murray (4-2, 25’09).

Pánik et Mantha s’expliquent encore avec virulence après un un coup de crosse de Tatar qui entraîne un nouveau power-play canadien (25’41). Les attaquants slovaques pressent haut et gagnent de précieuses secondes grâce à deux interceptions. La défense se démène bien mais cela ne suffit pas pour empêcher Jonathan Marchessault de réduire le score dans le cercle droit (4-3, 27’01).

Sur une frappe lointaine, Rybár, gêné par deux joueurs postés devant lui, se couche trop tard : Anthony Cirelli pousse au fond de la cage un palet traînant au poteau gauche (4-4, 28’43). Le Canada refait le coup d‘effacer un retard de deux buts en moins de deux.

En contre, Tatar remet un temps son équipe aux manettes en reprenant le rebond de Richard Pánik. Le but est cependant refusé après visionnage vidéo car il y a obstruction sur le portier des Penguins (32’03). Tatar est remonté : il dérobe le puck de la crosse de Darnell Nurse et s’échappe mais perd son duel avec le gardien canadien.

La partie est toujours aussi âpre. Brandon Montour en fait les frais en quittant ses partenaires en boitant. Le Canada évolue désormais avec cinq défenseurs.

Troy Stecher cherche probablement le rebond sur sa frappe à l’entrée du cercle droit mais le palet passe entre les jambes de Rybár et le Canada prend l’avantage au score pour la première fois de la rencontre (4-5, 36’40). C’est le but de trop pour Rybár, qui est prié de laisser sa place à Marek Čiliak.

La reprise est moins rythmée mais les esprits sont toujours aussi chauds. Daňo s’énerve à son tour contre un homologue canadien puis Liška reste longtemps à terre après une charge avec la crosse de Pierre-Luc Dubois. Plus surprenant, l’attaquant est lui aussi sanctionné pour simulation (46’33). À quatre contre quatre, Černák est esseulé entre les deux cercles malgré un bon travail de ses camarades mais vise hors cadre.

Sekera sert adroitement Tatar, sans surveillance dans le slot, qui oublie toutefois de lever sa reprise alors que Murray était sans appuis. La frappe puissante de Marinčin ricoche sur le gardien canadien mais le rebond revient après deux contacts dans la crosse de Matúš Sukeľ qui fait rebondir le palet sur Shea Theodore, lequel marque contre son camp (5-5, 51’45).

Les arrêts de Čiliak sont moins académiques mais n’en restent pas moins efficaces, comme sur ce missile de Nurse dans l’axe qui intervient après un long momentum slovaque.

Krištof décoche puissamment en second rideau mais Murray s’interpose. La relance canadienne est annihilée par un cinglage de Mantha (54’11). Les blancs défendent parfaitement en zone neutre et la Slovaquie se casse les dents pour reprendre sa place en zone adverse. Le jeu de puissance fait pschitt mais la Double-Croix poursuit ses vagues offensives qui font mal. Pánik slalome joliment mais Murray fait une parade de la mitaine décisive.

Car la Slovaquie se met une balle dans le pied lorsque Černák, excellent toute la rencontre, fait trébucher en fond de zone (58’46). Mark Stone douche la Steel Aréna lorsque, à moins de deux secondes de la sirène (1,8 précisément), il envoie sa frappe sous la barre et s’offre par la même occasion un beau cadeau le jour de son 27e anniversaire (5-6, 59’59). Des bouteilles en plastique fusent sur la glace, certaines atteignant le banc canadien. La fin de match vire en eau de boudin. Le Canada, bousculée par une Slovaquie sans complexe, s’impose sous un concert de huées, poursuivi jusqu’à l’hymne, signe de l’immense frustration de tout un peuple.

Désignés joueurs du match : Adam Liška (Slovaquie) et Sean Theodore (Canada)

Réactions d’après-match

Jonathan Marchessault (attaquant du Canada) : « C’était un bon match, il faut leur donner du crédit. Ils ont été intenses et résilients. Nous avons des choses à travailler en défense, on laisse trop de buts. Le power-play a été bon, c’est un point positif. Si les adversaires ne sont pas disciplinés… Un but en fin de match comme ça, c’est sûr que c’est un crève-cœur pour eux autres. C’est sûr que ça fait mal mais cela reste un jeu, et il faut penser à la sécurité des joueurs. Il faut montrer de la classe tout le temps et c’est platte, car ça ne reflète pas l’accueil de cette belle ville de Košice. L’arbitrage est différent de chez nous, c’est sûr, il faut s’adapter mais il est le même pour les deux équipes. La France ? Pierre-Édouard Bellemare ne jouera pas, il est blessé, mais nous savons que c’est une équipe qui travaille fort et ce sera important d’être prêts. »

Pierre-Luc Dubois (attaquant du Canada) : « C’est un match que je voulais absolument jouer. Je suis parti à neuf heures hier. Deux heures de voiture pour Chicago, deux heures de vol pour Philadelphie, puis Budapest, et deux heures trente d’auto vers ici… Je suis arrivé à midi, j’ai fait une sieste et je voulais jouer, qu’importe la fatigue. Jouer dans une ambiance comme ça, je n’ai jamais connu, tout le monde chante, c’était le fun ! C’est difficile de communiquer sur la glace, surtout que je viens d’arriver et que c’est mon premier match donc il faut bien plus communiquer pour jouer ensemble. Texier ? Je lui ai tout de suite envoyé un message : prépare-toi, je m’en viens ! On était co-chambreurs et j’ai trop hâte de jouer contre lui et son équipe, ça sera fun ! »

Slovaquie – Canada 5-6 (2-2, 2-3, 1-1)
Lundi 13 mai 2019 à 20h15 à la Steel Aréna de Košice. 7420 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Bjork (SUE) et Manuel Nikolic (AUT) assistés de Andreas Malmqvist (SUE) et Brian Oliver (USA)
Pénalités : Slovaquie 10′ (4′, 4′, 2′) ; Canada 22′ (8’+10′, 0′, 4′)
Tirs : Slovaquie 31 (11, 11, 9) ; Canada 28 (10, 10, 8)

Évolution du score :
1-0 à 07’14 : Sukeľ assisté de Studenič et Nagy
2-0 à 08’18 : Liška assisté de Jaroš et Lunter
2-1 à 16’20 : Mantha assisté de Turris et McCann
2-2 à 18’10 : Theodore assisté de Mantha et Severson (sup. num.)
3-2 à 21’49 : Nagy assisté de Marinčin et Lantoši (sup. num.)
4-2 à 25’09 : Liška assisté de Buc et Lunter
4-3 à 27’01 : Marchessault assisté de Chabot (sup. num.)
4-4 à 28’43 : Cirelli assisté de Reinhart et Theodore
4-5 à 36’40 : Stecher assisté de Turris et Severson
5-5 à 51’45 : Sukeľ assisté de Marinčin
5-6 à 59’59 : Stone assisté de Chabot (sup. num.)

Slovaquie

Attaquants :
Tomáš Tatar (A, 2′, -2) – Michal Krištof (-2)– Richard Pánik (2′, -1)
Ladislav Nagy (A, +1) – Matúš Sukeľ (+1) – Marián Studenič
Marko Daňo – Libor Hudáček (+1) – Róbert Lantoši
Mário Lunter (+2) – Dávid Buc (+1) – Adam Liška (2′, +2)

Défenseurs :
Erik Černák (2′) – Andrej Sekera (C)
Christián Jaroš (2′, +1) – Martin Marinčin (+1)
Michal Čajkovský (+1) – Patrik Koch (-1)
Martin Fehérváry

Gardien :
Pavol Rybár [remplacé par Marek Čiliak à 36’40]

Remplaçant : Tomáš Zigo (A).

Canada

Attaquants :
Jonathan Marchessault (-1) – Dylan Strome (-1) – Mark Stone (A, -1)
Anthony Cirelli (2′) – Sean Couturier (A, -1) – Sam Reinhart
Jared McCann (2′) – Kyle Turris (C, 2′, +1) – Anthony Mantha (2′)
Adam Henrique – Mathieu Joseph (-1) –Tyson Jost
Pierre-Luc Dubois (2′)

Défenseurs :
Thomas Chabot (-1) – Troy Stecher (+2)
Damon Severson (2’+10′) – Darnell Nurse
Shea Theodore – Brandon Montour (-2)
Dante Fabbro

Gardien :
Matt Murray

Remplaçant : Carter Hart (G).

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