La Suède prend une fessée de vingt minutes

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Le dernier match de poule à Bratislava n’est pas qu’un duel sur la première place du groupe : la Suède devrait gagner par trois buts d’avance pour pouvoir déloger les Russes de leur position. Il s’agit surtout d’un message important pour la suite du tournoi. Les doubles champions du monde peuvent-ils faire faire douter cette belle équipe de Russie, jusqu’ici invaincue et impressionnante ? Question subsidiaire : au vu de la piètre prestation de Henrik Lundqvist hier, le gardien Jacob Markström peut-il convaincre son entraîneur qu’il a l’étoffe d’un titulaire au-dessus de la légende ?

La Suède met vite la pression sur l’équipe russe, qui n’avait jamais été aussi agressée depuis le début du tournoi. La quatrième ligne s’y met tout autant que les autres. Andrei Vasilevski laisse un rebond sur un lancer excentré de Marcus Krüger, mais Jesper Bratt – absent depuis deux rencontres sur blessure – est imprécis sur le rebond en tirant sur le plastron du gardien. La domination scandinave se concrétise rapidement en jeu installé. Le joker Gabriel Landeskog se place dans le slot et dévie un lancer en cloche d’Elias Pettersson (1-0). La Suède a toujours un temps d’avance sur le palet et fait l’essentiel du jeu pendant toute la première période, y compris avec l’aide des pénalités d’Andronov et Gavrikov qui font trébucher Klingberg et Ekholm.

On attend la réaction russe au deuxième tiers-temps. Les Suédois s’y font prendre sur leur premier changement. Du revers, presque négligemment sans avoir l’air de rien, Nikita Kucherov envoie Nikita Gusev et Artyom Anisimov pour un 2 contre 1 imparable (1-1). Le talent russe renverse la partie avec un sourire presque insolent : le sourire d’Evgeni Dadonov qui vient de dévier dans les airs un tir de Sergachyov alors même qu’il venait d’être mis à genoux par un cross-check d’Adam Larsson dans son dos !

La provocation est telle que la Russie se permet même un jamais-vu : un but d’Ovechkin sur assist de Malkin, les deux joueurs notoirement incompatibles à 5 contre 5 ! Il s’agit d’une belle passe-abandon entre les jambes, qu’Alexandre le Grand convertit côté plaque de Markström (1-3). L’ours russe a fermement mis sa patte sur ce match et Vasilevski dégage une grande confiance dans sa cage en rendant ses arrêts faciles. Evgeni Kuznetsov gagne un engagement face à Krüger pour Kirill Kaprizov, qui propulse directement le palet entre les jambes de Markström (1-4). Quel bonheur sur la visage de Kaprizov, réhabilité après avoir passé une partie du tournoi en tribunes comme joueur surnuméraire !

C’est ensuite le parfois critiqué Grigorenko qui déflore son compteur après avoir contré un dégagement d’Elias Lindholm. Un très mauvais but pour Markström puisque le palet touche le bas de son gant avant de passer entre ses jambes (1-5). L’humiliation se poursuit sur la présence suivante avec un nouveau palet perdu en zone défensive (Erik Gustafsson le donne à Kovalchuk) qui aboutit au premier but du championnat pour Evgeni Malkin, dont le tir en pivot est dévié par la crosse de Marcus Petersson (1-6). Les Suédois perdent leurs nerfs et Hörnqvist prend dix minutes de méconduite pour avoir réclamé agressivement un dégagement interdit russe (peut-être à raison).

La Russie contrôle la possession et le jeu au troisième tiers-temps, jusqu’à une longue séquence en zone défensive où Kovalchuk puis Malkin re-perdent le palet au lieu de le dégager. Alexander Wennberg le récupère par deux fois et sert finalement William Nylander qui marque entre les bottes de Vasilevski (2-6). La réponse met moins d’une minute à arriver. Dmitri Orlov utilise Adam Larsson comme écran et bat Markström côté plaque (2-7). Sur un bon service d’Elias Pettersson, le capitaine suédois Oliver Ekman-Larsson tire entre les bottes de Vasilevski puis vient dans le dos du gardien pour pousser le palet au fond car Khafizullin tentait encore de le dégager (3-7). À une minute de la fin, John Klingberg adoucit encore la pilule en avantage numérique grâce à un écran de Hörnqvist, envoyé sur la glace pour la première fois par Rikard Grönborg depuis qu’il a purgé sa peine.

Incroyable effondrement de la Suède qui a pris six buts en vingt minutes après une très solide première période ! Elle a fait ce qu’il faut pour bousculer la Russie, mais a ensuite plié face au talent puis a accumulé les erreurs. Ce deuxième tiers était-il juste d’un accident pour les doubles champions du monde ? Ce match laissera forcément des traces, y compris pour Jakob Markström qui a sans doute gâché sa chance de jouer les play-offs.

La Russie a mis sept buts sans recourir à son powerplay et avec une contribution offensive de ses joueurs qui doutaient le plus. Elle a réussi un premier tour parfait, et pourtant elle ne semble pas à l’abri du danger en quart de finale face aux États-Unis pour ce qui s’annonce comme une affiche d’exception. Et que dire de ce Suède-Finlande entre une équipe de stars (notamment en défense et dans les cages) qui a encaissé 21 buts en poule et une équipe de quasi-inconnus qui en a encaissé 11 ? On a hâte d’être jeudi…

Désignés joueurs du match : Gabriel Landeskog pour la Suède et Andrei Vasilevski pour la Russie.

Commentaires d’après-match :

Ilya Vorobyov (entraîneur de la Russie) : « Comme Mikhaïl Grigorenko joue souvent en infériorité numérique, il y dépense aussi de l’énergie. Je l’ai remplacé par Kovalchuk sur sa ligne pour équilibrer les temps de jeu. Oui, j’ai suivi le score du match Canada – États-Unis. Non, je n’en ai pas parlé aux joueurs. Nous jouons contre les Américains, c’est ainsi. C’est une équipe talentueuse, offensive, avec une bonne sélection de joueurs. Il faudra couper leurs passes rapides, et jouer vite nous aussi. Personne ne va plus vite que le palet.

Oliver Ekman-Larsson (capitaine de la Suède) : « Notre premier tiers-temps était notre meilleur du tournoi. Nous avions parlé d’emmener les Russes dans le périmètre à partir de la zone neutre, et nous l’avions bien fait. En deuxième période, nous avons reculé, nous avons commis beaucoup d’erreurs, et tout s’est mal passé. J’aimerais bien savoir moi-même ce qui s’est passé. Nous avons alors parlé de gagner la troisième période pour prendre confiance avant le quart de finale. La Finlande est toujours difficile pour nous parce que c’est une confrontation historique, il faudra jouer bien mieux pour passer. La Russie est favorite et a beaucoup de bons joueurs, il lui a suffi d’une période pour nous écraser. Mais on espère la revoir. »

 
Suède – Russie 4-7 (1-0, 0-6, 3-1)
Mardi 21 mai 2019 à 20h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 9085 spectateurs.
Arbitrage d’Olivier Gouin (CAN) et Jan Hribik (TCH) assistés de Dustin McCrank (CAN) et Jiri Ondracek (TCH).
Pénalités : Suède 12′ (0′, 10′, 2′), Russie 6′ (4′, 0′, 2′).
Tirs : Suède 37 (10, 13, 14), Russie 34 (5, 20, 9).

Évolution du score :
1-0 à 07’32 : Landeskog assisté de M. Pettersson et E. Pettersson
1-1 à 20’57 : Anisimov assisté de Gusev et Kucherov
1-2 à 24’10 : Dadonov assisté de Serachyov et Kuznetsov
1-3 à 28’52 : Ovechkin assisté de Malkin et Khafizullin
1-4 à 34’39 : Kaprizov
1-5 à 37’17 : Grigorenko
1-6 à 37’47 : Malkin assisté de Zadorov et Dadonov
2-6 à 52’02 : Nylander assisté de Wennberg
2-7 à 52’57 : Orlov assisté de Barabanov et Telegin
3-7 à 56’22 : Ekman-Larsson assisté de E. Pettersson
4-7 à 58’49 : Klingberg assisté de Ekman-Larsson et Nylander (sup. num.)

Suède

Attaquants :
William Nylander (-1) – Alexander Wennberg – Patric Hörnqvist (A, 10′)
Gabriel Landeskog – Elias Pettersson – Elias Lindholm
Loui Eriksson (-2) – Anton Lander (-2) – Adrian Kempe (-2)
Dennis Rasmussen (-2) – Marcus Krüger (-2) – Jesper Bratt (-1)
Oskar Lindblom

Défenseurs :
Oliver Ekman-Larsson (C, -1) – Adam Larsson (-2)
Mattias Ekholm (A, -3, 2′) – John Klingberg (-2)
Marcus Pettersson – Erik Gustafsson

Gardien :
Jacob Markström

Remplaçant : Henrik Lundqvist (G), Robert Hägg. En réserve : Jhonas Enroth (G), Philip Holm (D), Mario Kempe (A).

Russie

Attaquants :
Mikhail Grigorenko [puis Kovalchuk] – Evgeny Malkin (A, +2) – Evgeny Dadonov (+2)
Aleksandr Ovechkin (A, +3) – Evgeni Kuznetsov (+2, 2′) – Kirill Kaprizov (+1)
Nikita Gusev – Artyom Anisimov – Nikita Kucherov
Ilya Kovalchuk (C) [puis Grigorenko] – Sergei Andronov (+1) – Ivan Telegin (+1)
Aleksandr Barabanov

Défenseurs :
Mikhail Sergachyov (+3) – Nikita Nesterov (+2)
Dmitri Orlov (+2) – Nikita Zaïtsev (-1)
Vladislav Gavrikov – Dinar Khafizullin (+2)
Nikita Zadorov

Gardien :
Andrei Vasilevskiy

Remplaçant : Aleksandar Georgiev (G). En réserve : Ilya Sorokin (G), Sergei Plotnikov (A).

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