La Russie confirme

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La Guerre froide est terminée, mais cela n’a pas vraiment changé les rapports entre les deux pays. La rivalité s’étend sur un autre terrain froid et plus « gentleman » : la patinoire. Depuis le « Miracle on ice » de 1980, affronter la Russie fait partie des temps fort du hockey américain. L’inverse n’est pas forcément vrai, mais les enjeux dépassent tout de même largement le terrain sportif.

Mais le sportif avant tout : la Russie, meilleure équipe du premier tour et de loin – 7 matchs, 7 victoires, 36 buts pour, 7 contre – vient de pulvériser la Suède. Nikita Kucherov compte 15 points (2e du championnat), Nikita Gusev 12, Yevgeni Dadonov 7 buts… On n’oubliera pas que les stars ont finalement peu produit et que leur réveil est toujours possible (Ovechkin 3 pts, Malkin 5, Kuznetsov 6…). La liste des « munitions » russes est ébouriffante, les gardiens solides, bref, tous les compteurs sont au vert. Mieux, la défense, souvent le point faible, n’a concédé que sept buts. Mais elle n’a pas vraiment été confrontée à l’adversité pour l’instant.

Difficile d’en dire autant des États-Unis, battus à deux reprises au premier tour, dont un cinglant 3-0 contre le Canada. Patrick Kane (10 pts), Jack Eichel et Alex DeBrincat (8 pts) produisent, le reste beaucoup moins. La défense a connu quelques difficultés, notamment Alec Martinez, laminé dans tous les compartiments du jeu. Il faudra que l’arrivée de Zach Werenski soit diablement efficace… Pire, Dylan Larkin, touché par un palet dans les parties intimes, et Derek Ryan, sont blessés et forfaits pour le reste du tournoi. Jack Hughes fait donc son retour dans l’alignement.

Démonstration russe

Sur la glace, cela ne traîne pas. La première incursion russe en défense adverse paie des dividendes. Kucherov remise sur Sergachyov à la bleue, et le défenseur du Lightning envoie vers la cage. Schneider fait l’arrêt, mais le palet rebondit sur le dos d’un défenseur. Gusev, à l’affût sur le côté, saute sur la rondelle libre (1-0).

Pendant que Kovalchuk se démène sur la présence qui suit, Gaudreau en profite pour s’infiltrer et signer le premier tir américain. L’élan appartient toutefois aux Russes, avec Malkin de l’aile puis Dadonov à bout portant, qui force Schneider étirer la jambière. Kovalchuk, excentré, teste aussi le portier des Devils du New Jersey. Après à peine plus de six minutes, le compteur de tirs affiche 7-1.

Les Américains mettent dix minutes à enfin poser une séquence longue en attaque. Un centre de Gaudreau vers Eichel devant le but est dévié au ras du poteau. Une goutte d’eau dans un océan rouge : la Russie frôle le deuxième but sur un tir du cercle droit de Gusev, servi par Kucherov, que Schneider repousse du gant sur sa barre, avant que Werenski ne dégage.

Si le jeu s’équilibre un peu, seule la Russie se crée des tirs, avec un nouvel essai de Kovalchuk au cercle gauche. La pression russe augmente d’un cran lors d’un accrochage de Gaudreau. Et le quatorzième tir est le bon, lorsque Gusev stabilise le puck, le donne en retrait à Sergachyov pour une volée en lucarne, avec l’aide involontaire de Eichel (2-0).

Il n’y a quasiment qu’une équipe sur la glace. Ovechkin surprend la défense et se fait oublier sur le côté : il déboule aile gauche et Schneider sauve en deux temps. En face, Vasilevskiy n’a que peu de travail – un tir de Kane, puis un de Jack Hughes, qui fait remarquer son patinage dans ce match. Kane et Keller gaspillent ensuite un deux-contre-un, bloqués par un bon retour défensif. Werenski, pour sa part, teste le gardien russe de loin.

Les Américains ont mieux fini le tiers, mais la Russie mène 2-0, domine largement aux tirs. Le niveau de patinage dans cette rencontre est assez exceptionnel…

Le réveil américain

Les États-Unis entament bien mieux le deuxième tiers. Ils décochent les premiers tirs, et réduisent le score après 2’30. Une entrée en zone du duo Gaudreau-Kane se termine sur la crosse du capitaine. Ce dernier fixe, renverse le jeu vers le cercle droit. Skjei reprend de volée, sans trop de force, mais Vasilevskiy est masqué et battu par une déviation (2-1).

Un but qui traduit la domination américaine. Les joueurs de Blashill jouent plus haut, bloquent les entrées en zone, interceptent, relancent avec moins de distance entre leurs lignes. Kane et Gaudreau partent ainsi en deux-contre-un et il faut un retour de Gavrikov pour annihiler l’occasion.

Il faut attendre la septième minute pour voir la Russie menacer Schneider, avec une chance forte de Dmitri Orlov. Le temps fort va-t-il changer de camp ? Non, car Kuznetsov concède une charge tardive qui place les États-Unis en supériorité.

La Russie défend bien et limite les possibilités de tir, et revient au complet sans dommage. Malgré tout, elle subit le jeu, recule dans son camp et se contente plus souvent de dégager au fond à la rouge pour changer de ligne.

Un bonne combinaison Eichel-Gaudreau se termine par un tir du joueurs des Flames, qui illustre le jeu collectif en énorme progrès des États-Unis, peut-être leur meilleur tiers du tournoi.

Et la Russie ? Elle joue en contre au départ, puis reprend la main après un quart d’heure. Une diagonale dans la neutre échappe à la défense et libère Gusev sur l’aile gauche, qui se heurte à Schneider. Ovechkin échoue ensuite dans l’enclave et Sergachyov de la bleue. Enfin, Anisimov, planté devant la zone bleue, ne trouve pas non plus de trous dans la cuirasse du gardien américain.

Un contre permet à Sergachyov de tirer en tête de cercle et Malkin prend le rebond… encore Schneider, qui tient son équipe dans le match.

Les Américains finissent mieux, avec le duo Gaudreau-Kane tout d’abord, puis un contre terminé par Keller, qui force Vasilevskiy à un grand écart. Une ultime chance de Gaudreau conclut ce tiers animé et spectaculaire : 2-1, rien n’est joué.

Jeff Blashill a chamboulé ses lignes et aligné Kane et Gaudreau ensemble la plupart du temps, avec des centres variables (White, Glendening, Hughes). Adam Fox et Christian Wolanin, défenseurs 7 et 8, n’ont pas foulé la glace. Le capitaine Kane a pour sa part un temps de jeu énorme (16’18 !), presque autant que les défenseurs Suter et Werenski…

Course contre le score

La reprise est fidèle au scénario. Après une occasion d’Eichel, dont le rebond met le feu dans l’enclave, la Russie démarre en contre. Un premier tir trouve Schneider sur sa route, mais Keller commet un revirement coupable. Sergachyov lance Gusev à gauche en deux-contre-un et Kaprizov ne rate pas la cage ouverte (3-1). Suter, seul joueur de retour, était trop court.

Un slalom de Kucherov finit lui aussi sur Schneider, alors que les États-Unis se découvrent. Cela finit par payer, lorsqu’une entrée en zone offensive de Jack Hughes sur la droite décale Noah Hanifin. Le défenseur expédie un tir puissant qui transperce la défense (3-2).

Un retour de courte durée, car dès la présence suivante la Russie reprend deux buts d’avance. Dadonov chasse un palet jusqu’au camp américain, où Werenski l’écrase contre la bande. Mais le joueur de Florida libère son palet et Malkin écarte vers Grigorenko, qui devance la défense et trouve la cible (4-2).

Le palet file d’un but à l’autre. Les États-Unis mettent le feu dans l’enclave et Sergachyov dégage sous le nez de Kane. Puis, Gaudreau, derrière la cage, trouve Eichel lancé et Vasilevskiy sauve, entraînant une contre-attaque que Grigorenko finit juste à côté de la cage. Jack Hughes trouve ensuite Skjei en tête de cercle, qui se heurte à son tour au gardien.

Les Américains chassent l’égalisation et poussent. Plusieurs décalages ou tirs sont bloqués par la défense, mais le jeu quitte peu le camp russe.

À trois minutes de la fin, Schneider quitte sa cage pour un attaquant de plus. Le palet tourne d’un côté à l’autre, et revient sur Kane au cercle droit : spéciale « Chicago » vers DeBrincat à l’opposée pour une volée gagnante (4-3). Il reste 2’50 et la Russie réclame une révision vidéo pour obstruction sur le gardien. Les officiels valident le but et le suspense reste entier.

Lorsque Gusev commet une erreur à sa bleue, van Riemsdyk semble avoir un boulevard, mais les officiels se trompent et signalent un hors jeu inexistant. La sortie de Schneider est ainsi retardée de presque trente secondes. Les États-Unis poussent jusqu’au bout, mais la défense russe se sacrifie pour bloquer les tirs.

La Russie s’impose 4-3 à l’issue d’un match spectaculaire et animé, durant lequel les deux gardiens auront réalisé des exploits retentissants. C’était peut-être le meilleur match des États-Unis, mais cela sera leur dernier. Jack Hughes, candidat à la place de n°1 de draft, aura montré énormément de choses ce soir : confiant, une bonne lecture du jeu, deux passes. Pour la troisième fois du tournoi, un U18 est nommé joueur du match, après le Finlandais Kakko et l’Allemand Seider…

Désignés joueurs du match : Andrei Vasilevskiy (Russie) et Jack Hughes (États-Unis)

Joueurs américains du tournoi : Patrick Kane (A), Dylan Larkin (A), Ryan Suter (D)

Commentaires d’après-match

Zach Werenski (défenseur des États-Unis) : « C’est une équipe avec de grandes qualités techniques et de la vitesse, mais nous avons fait un bon travail pour les contenir aux deuxième et troisième tiers. Notre défense a mieux tenu même si nous prenons quatre buts, et notre gardien a fait de bons arrêts. Leur quatrième but nous a fait mal. »

Jack Hughes (attaquant des États-Unis) : « Nous avions une équipe de all-stars en face et nous avons bataillé dur contre eux. Je ne dirai pas que c’est notre meilleur match du tournoi, puisque nous avons perdu. »

Russie – États-Unis 4-3 (2-0, 0-1, 2-2)
Jeudi 23 mai 2019 à 16h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 9085 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Björk (SUE) et Olivier Gouin (CAN) assistés de Andreas Malmqvist (SUE) et Jiri Ondracek (TCH).
Pénalités : Russie 2′ (0′, 2′, 0′), États-Unis 2′ (2′, 0′, 0′).
Tirs : Russie 43 (17, 15, 11), États-Unis 32 (9, 12, 11).

Récapitulatif du score
1-0 à 01’07 : Gusev assisté de Sergachyov et Kucherov
2-0 à 15’47 : Sergachyov assisté de Gusev (sup. num.)
2-1 à 22’22 : Skjei assisté de Kane et Gaudreau
3-1 à 41’31 : Kaprizov assisté de Gusev et Sergachyov
3-2 à 45’53 : Hanifin assisté de J. Hughes
4-2 à 47’02 : Grigorenko assisté de Malkin et Dadonov
4-3 à 57’10 : DeBrincat assisté de Kane et J. Hughes (att. sup.)

Russie

Attaquants :
Mikhail Grigorenko – Evgeny Malkin (A) – Evgeny Dadonov
Aleksandr Ovechkin (A, -1) – Evgeni Kuznetsov (2′) – Kirill Kaprizov (+1)
Nikita Gusev (+2) – Artyom Anisimov (+2) – Nikita Kucherov (+1)
Ilya Kovalchuk (C, -1) – Sergei Andronov (-2) – Ivan Telegin (-2)
Aleksandr Barabanov

Défenseurs :
Mikhail Sergachyov – Nikita Nesterov
Dmitri Orlov (+1) – Nikita Zaïtsev
Vladislav Gavrikov (-1) – Dinar Khafizullin
Nikita Zadorov

Gardien :
Andrei Vasilevskiy

Remplaçant : Aleksandar Georgiev (G). En réserve : Ilya Sorokin (G), Sergei Plotnikov (A), Artyom Zub (D).

États-Unis

Attaquants :
Alex DeBrincat – Colin White (-1) – Patrick Kane (C, +1)
Johnny Gaudreau (2′, +1) – Jack Eichel (-2) – James Van Riemsdyk
Chris Kreider (+1) – Jack Hughes (+2) – Frank Vatrano
Clayton Keller (-2) – Luke Glendening (+1) – Luke Kunin

Défenseurs
Ryan Suter (A, -1) – Zach Werenski (-1)
Brady Skjei (+1) – Alec Martinez
Quinn Hughes – Noah Hanifin (+1)
Adam Fox – Christian Wolanin

Gardien :
Cory Schneider [sorti de sa cage à 56’45 puis 58’23 et 59’37]

Remplaçant : Thatcher Demko (G). Réservistes : Dylan Larkin (A, blessé), Derek Ryan (A, blessé).

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