Lokomotiv Yaroslavl (6e) : une jeunesse à éduquer patiemment

Malheureusement, Kozun a aussi pris une pénalité de match au tour suivant contre le SKA, dans une série que le Lokomotiv a un peu gâché par des pénalités coupables. Cela fut le péché mignon de cette jeune équipe qui avait besoin de mesures « éducatives ». Le meilleur exemple en fut Grigori Denisenko, meilleur marqueur du Mondial junior… un mois après avoir été envoyé en « équipe-ferme » de VHL (le Lada) par Kvartalnov. Sujet à des écarts de discipline et à des relâchements dans la zone défensive, Denisenko a encore beaucoup à apprendre. Le Lokomotiv, qui évite de tourner la tête à ses jeunes joueurs par de gros contrats, est le club idéal pour progresser… si les intéressés ont la patience de le comprendre.
S’il parvient à conserver ses jeunes et à les garder fidèles au projet, le Lokomotiv – qui a joué son dernier match avec une équipe de moins de 23 ans de moyenne d’âge – dispose d’un potentiel intéressant. Il a quand même battu trois fois sur quatre le CSKA, futur champion (et la seule défaite a été concédée aux tirs au but). Dommage d’être tombé au deuxième tour sur le SKA, comme l’an passé, et pas sur les Moscovites éliminés en 2017. Il est difficile de vivre dans l’ombre des deux géants, mais ce Lokomotiv prometteur espère franchir un cap l’an prochain avec de nouveaux attaquants étrangers (Lander et Da Costa)… mais sans Kvartalnov parti à Kazan et remplacé par un entraîneur canadien (MacTavish).
Barys Astana (7e) : la meilleure saison… sous ce nom

Le Barys a pu faire plaisir aux 10 000 spectateurs de ce qui s’appelait encore Astana en remportant un premier tour épique en sept manches face au Torpedo, par un but décisif à huit minutes de la fin de Darren Dietz, qui a pénétré les lignes et repiqué au centre grâce à de bons écrans. Un but qui illustre toute la saison : le défenseur offensif Dietz a été le meilleur marqueur de l’équipe et le joueur de l’année à son poste, palliant l’absence de Kevin Dallman (blessé) aussi bien en club qu’en équipe nationale.
Le jeu de style offensif mis en place par l’entraîneur biélorusse Andrei Skabelka a eu les moyens de ses intentions : un défenseur formé à l’étranger sur chaque ligne (chargé de l’appui offensif), un gardien de confiance avec Henrik Karlsson et six attaquants étrangers ou naturalisés étalés sur trois lignes fortes. Avec en cerise sur le gâteau la pression du public sur les gardiens adverses. Skabelka aurait bien aimé confirmer au deuxième tour contre l’Avangard Omsk, club dont il avait été évincé en janvier 2018 par l’influence de certains joueurs toujours présents. Mais avec 12 matches de play-offs en 25 jours, le Barys a fini sur les rotules, et avec trois blessés importants : le deuxième marqueur André Pettersson, le défenseur canadien Jesse Blacker et le meilleur attaquant kazakhstanais Roman Starchenko.
Dynamo Moscou (8e) : nouvelle patinoire… et nouveau tour de passe-passe

Les deux vedettes n’ont pas suffi néanmoins pendant un début de saison poussif. L’entraîneur Vladimir Vorobiev, accusé de manquer d’autorité, a été écarté de son poste dans les premiers jours d’octobre. Il a été remplacé par Vladimir Krikunov, qui fait plus de faux adieux qu’un vieux chanteur et n’en finit plus de revenir dans ses anciens clubs. Il était en pays de connaissance puisqu’il a hérité d’un staff d’adjoints qui étaient tous ses anciens joueurs lors du titre 2005 ! Krikunov a évidemment remis en place les séances de musculation qui ont fait sa réputation et son 1-3-1 des familles. C’est bien dans un duel simple et défensif que le Dynamo a passé le premier tour des play-offs face aux Jokerit et s’est offert un derby contre le CSKA.
La saison aura surtout vu le Dynamo emménager dans sa nouvelle « VTB Arena » de 11000 spectateurs au parc Petrovsky, lieu historique du club bleu et blanc où trônait autrefois le légendaire stade Dynamo. Plus de dix ans après la démolition de l’enceinte mythique, les hockeyeurs ont pris possession des lieux le 4 janvier, avant la reprise des footballeurs, le stade un temps prévu pour la Coupe du monde 2018 n’ayant pas été prêt à temps.
Dans ce nouvel écrin, le Dynamo est redevenu un objet de convoitise. Le directeur général Valeri Shantsev – autre héritier du titre 2005 – a été poussé dehors par une manœuvre étonnante (non sans avoir d’abord prolongé le contrat de son vieil ami Krikunov comme ultime décision) : un nouveau changement d’entité légale ! En 2015, ce moyen avait été employé pour ne plus reprendre les dettes de la structure dirigée par Andrei Safronov, alors accusé de tous les maux (dont un salaire mirobolant). Quatre ans plus tard, dans un revirement de balancier, c’est l’ex-adjoint de Safronov, Evgeny Krivopuskov, qui a été nommé directeur général du « HK Dynamo-Moscou ». Derrière la nouvelle entité se trouve un puissant sponsor, la banque VTB, et la fondation de l’oligarque Arkadi Rotenberg, dont la fratrie tire toutes les ficelles du Dynamo, du football au hockey.
Metallurg Magnitogorsk (9e) : une reconstruction plombée par quelques contrats

L’entraîneur tchèque Josef Jandac a formé une équipe organisée, volontaire et disciplinée, mais Magnitka n’est plus la puissance offensive digne de son passé de hockey créatif. Elle est tombée de haut au premier tour des play-offs en n’arrachant que deux victoires en prolongation (à chaque fois sur le petit score de 2-1) face à Ufa.
On aura beau jeu de faire remarquer qu’il y avait cinq attaquants étrangers. Mais ce ne sont pas eux qui grevaient le plus la masse salariale. Wojtek Wolski, pas sur la même longueur d’onde que son coach, a ainsi été remplacé en novembre par un joueur quatre fois moins cher (Michal Bulir) en provenance d’un club tchèque en déclin financier (Pardubice). Iiro Pakarinen a toujours été un second couteau. Dennis Rasmussen a été solide en saison régulière mais a gâché trop d’occasions en play-offs, où Matt Ellison a aussi perdu en efficacité. C’est à l’inverse le jeune Américain venu de NHL Nick Shore, discret en saison, qui a été le meilleur marqueur en play-offs, mais il souhaite tracer son avenir outre-Atlantique.
Le vrai problème de Magnitka est de s’être rendu prisonnier des contrats très élevés de ses vétérans. Le gardien géant Vassili Koshechkin n’a jamais vu son étoile de titulaire autant vaciller que durant ces play-offs. Le vénérable capitaine Sergei Mozyakin, s’il restait à 37 ans l’arme offensive majeure des Ouraliens, porte la responsabilité de la défaite cruciale au match 5 par sa perte de palet en sortie de zone ayant provoqué le but fatal en prolongation. Et surtout, les oreilles du manager Gennadi Velichkin n’ont cessé de siffler parce qu’il a fait de Nikolai Kulyomin, rentré dans son club formateur à 32 ans, le troisième joueur le mieux payé de KHL. Cher pour un attaquant devenu spécialiste d’infériorité numérique en NHL, et qui restait sur une saison presque blanche. Kulyomin est au mieux un bon joueur de complément (ce qu’il fut en saison régulière), et au pire un joueur transparent : son bilan de zéro point et -5 en play-offs fait tache alors qu’il lui reste deux ans de contrat avec un salaire qui n’a presque plus cours dans une KHL moins dispendieuse qu’il y a quelques années.
Ak Bars Kazan (10e) : date de péremption dépassée

On pensait alors encore que le système défensif traditionnel d’Ak Bars pouvait fonctionner. Ses étrangers restaient performants, et l’ex-défenseur de NHL Paul Postma, élu meilleur arrière de KHL en octobre, semblait même un des meilleurs rapports qualité/prix du recrutement estival de KHL, à « seulement » 600 000 euros annuels. Mais les play-offs ont fait l’effet d’une douche froide : Kazan a été balayé à plate couture en quatre manches sèches par Omsk. Outre l’absence de leur gardien titulaire, les Tatars ont été totalement dépassés en vitesse par le forechecking de l’Avangard… qui avait engagé leur préparateur physique de l’an passé, l’Américain Brandon Bovee !
La fidélité à l’entraîneur Zinetula Bilyaletdinov, qui avait tiré la couverture sur lui après le titre (au détriment du reste du staff), a donc été brisée. Son système conservateur a reçu une leçon de hockey moderne par Bob Hartley, et ses contempteurs au sein du club ont eu gain de cause. L’entraîneur tatar n’a pas été prolongé, et l’international suédois Anton Lander – qui restait reconnaissnt à Bilyaletdinov de l’avoir soutenu pendant une longue phase sans marquer à son arrivée à Kazan – n’a pas re-signé. Une nouvelle ère va donc s’ouvrir avec un coach connu pour apprécier le hockey à haute intensité, Dmitri Kvartalnov.









































