La Suisse a réalisé un exploit retentissant en ouverture. Menée 3-1 par la Tchéquie, elle a su revenir au score, avant d’arracher la victoire lors de la séance de tirs au but. Mais la mission de ce deuxième match s’annonce autrement plus complexe : la Suisse n’a jamais battu le Canada et reste sur 21 défaites, dont 5 aux Jeux olympiques, avec seulement 6 buts marqués.
Privée de la gardienne Andrea Brändli, qui semble être la victime du fameux norovirus qui a touché l’équipe finlandaise – le staff n’a pas révélé de nom, mais indiqué que la joueuse concernée ne s’était pas entraînée hier et Brändli était la seule dans ce cas – la Suisse affronte donc une formation canadienne multiple championne olympique et qui arrive avec de grandes ambitions pour ce tournoi, malgré une préparation ratée face aux États-Unis.
Saskia Maurer débute dans les cages suisses. Ann-Renée Desbiens est en tribunes, et le staff a choisi Emerance Maschmeyer comme gardienne partante. La jeune Julia Gosling est choisie pour accompagner Marie-Philip Poulin et Laura Stacey en première ligne.

Maurer tient la barraque
La première chance ne tarde pas. Sarah Fillier trouve le palet derrière le but, et déniche Sarah Nurse entre les cercles. Maurer s’interpose. Sans surprise, le schéma attaque-défense se met en place, avec un premier tir pour Erin Ambrose dans l’axe. Pourtant, petit à petit, la Suisse prend confiance et desserre l’étau. Plusieurs séquences de contrôle de palet, à chercher à percer la neutre, s’enchaînent, limitant la présence canadienne en attaque. Même si aucun tir n’en découle, cela permet au moins de ne pas prendre l’eau.
Il faut attendre la huitième minute pour repérer une action franche : Emma Maltais gagne son duel le long de la bande, et envoie Blayne Turnbull vers le but. Maurer ne craque pas, pas plus que sur l’essai de Brianne Jenner au deuxième poteau, infiltrée dans le dos de Kaleigh Quennec. Toujours pas de tir cadré helvète : Ivana Wey lance un 2 contre 1, mais la reprise au deuxième poteau échoue car la passe arrive sur le patin d’Alina Marti. Dans la continuité, Maschmeyer repousse son premier tir.
Le Canada tente juste après lui aussi un 2-contre-1, mais la remise de Sarah Fillier ne trouve pas Claire Thompson. Juste après, Fillier lance de loin et le palet finit au fond des filets. Les officiels n’hésitent pas : la crosse de Sarah Nurse est bien trop levée sur sa déviation.
Le tiers défile, privé d’occasions grâce au bon jeu de crosse suisse, qui casse le fonctionnement canadien. Solidaires, les arrières ne lâchent rien et sortent le palet dès que possible. À une minute de la pause, Alina Marti sort une superbe mise en échec sur Erin Ambrose le long de la bande. Mais c’est toujours interdit dans les règles IIHF, ce qui donne un jeu de puissance canadien. Saskia Maurer réalise un arrêt du casque et, dans la foulée, Daryl Watts et Laura Stadler se frottent un peu trop et sortent deux minutes. La défense résiste jusqu’à la sirène : un étonnant 0-0, malgré un compteur de tirs à 17-2.

Le jeu de puissance débloque la situation
Le jeu de puissance se montre poussif à la reprise et la défense se dégage. Ce n’est pas pour autant la fin des ennuis, avec une longue possession canadienne en zone offensive. C’est sur un revirement anodin que Fillier obtient la meilleure chance : elle ne cadre pas après avoir volé le palet dans la crosse de la benjamine de l’équipe, Laure Meriguet, 17 ans. Mais des revirements, il peut y en avoir dans les deux sens. La Suisse manque de peu d’en profiter avec une récupération de Lena Marie Lutz en tête de cercle, dont le tir en hauteur n’est pas cadré.
Pas plus de réussite peu après lorsqu’Alina Müller lance un 2-contre-1, mais préfère la passe au tir : contré, le palet n’arrive même pas au but. Müller est punie juste après pour une charge trop dans le dos de Brianne Jenner.
Le jeu de puissance exploite enfin la chance. Sarah Fillier renverse vers Marie-Philip Poulin au cercle gauche. La reprise est cadrée et le palet, sauvé, rebondit sur Natalie Spooner dans le slot, avant de finir derrière la ligne (0-1). C’est la 19e passe décisive olympique de Poulin, 3e de tous les temps.
Ce but libère les Canadiennes, qui campent dans la zone adverse, provoquent des revirements et épuisent la défense avec le long changement. Poulin manque de creuser l’écart sur l’une de ces situations, mais son tir est trop croisé. La défense tient toujours, et Maurer, intenable, se déplace vite pour sauver devant Blayne Turnbull lors d’un renversement de jeu.
La Suisse ne compte toujours que deux tirs en 34 minutes, mais le troisième manque de faire mouche. La percée de Sinja Leeman traverse la défense, et son tir met en difficulté Emerance Maschmeyer. Le rebond est finalement dégagé. Puis, c’est un beau slalom d’Alina Müller qui secoue la défense… sans aucun tir au bout.
Maurer continue son festival, sortant un essai de Jocelyne Larocque servie entre les cercles. La défense se sacrifie au bloc dans la foulée sur toutes les tentatives canadiennes. Le 1-0 est logique (30 tirs à 3) mais Saskia Maurer est dans un grand soir.

Première pour Gosling
Ivana Wey concède une pénalité après moins de deux minutes à la reprise – l’officielle met bien du temps à lever son bras dans ce contact anodin avec Sarah Fillier dans le coin. Cette dernière venait d’obtenir une bonne chance en déviation, et mène le jeu de puissance qui suit. Poulin, Fast et Spooner ne parviennent pas à déjouer Maurer, pas plus que Jenner sur le deuxième groupe. La Suisse revient au complet, et Turnbull obtient une grosse chance en déviation. Wey, tout juste sortie du banc de la prisons, sort alors une charge illégale sur Ambrose : il n’y aura que deux minutes après consultation de la vidéo, malgré les protestations d’une partie du public.
Il ne faut qu’une poignée de secondes pour que le Canada double la mise. Un tir lointain hors cadre rebondit sur la balustrade pile sur la crosse de Sarah Fillier à l’opposée, cage ouverte (0-2). C’est son neuvième but en huit matchs olympiques. Maurer ne lâche rien par la suite, avec une mitaine mobile sur le tir de Claire Thompson.
À 12’48 de la fin, la Suisse reçoit enfin un avantage numérique sur un contact de Blayne Turnbull en plein milieu de la glace sur Nicole Vallario – obstruction. Emerance Maschmeyer capte immédiatement un tir – seulement son 4e arrêt. Malheureusement, les joueuses de Colin Müller ne parviennent pas du tout à enchaîner sur le reste de la supériorité numérique. Turnbull, sortie du banc, récupère alors une passe levée et file seule au but. Elle feinte, et son revers n’est pas cadré !
Malgré les efforts infatigables d’Alina Müller, dont le patinage fait merveille, la Suisse ne compte que 5 tirs cadrés à huit minutes de la fin. Et ce n’est pas la faute de Nicole Vallario – un faire trébucher d’école sur Blayne Turnbull – qui va changer la donne. Maurer écœure Natalie Spooner, servie par Daryl Watts à bout portant, pour son 42e arrêt.
Mais il reste du temps : Erin Ambrose expédie un tir mi-hauteur, avec Julia Gosling et Brianne Jenner sur la trajectoire. C’est la première qui dévie le disque vers le bas et surprend la gardienne helvète – les officiels attribuant tout d’abord le but à Jenner (0-3). C’est le premier but olympique de Gosling, pour son premier match dans cette compétition.
Le moral est atteint et Daryl Watts, servie par Sarah Nurse, trouve la cible d’un tir mi-distance, le premier but à égalité numérique (0-4).
Maurer n’a pas fini son travail pour autant avec un ultime arrêt de justesse, jambière posée sur la ligne, sur une déviation par une défenseure d’une passe de Kati Tabin.
Victoire sans surprise du Canada, sans véritablement convaincre dans ce qui reste après tout un match d’entrée dans le tournoi. Côté suisse, la prestation défensive globale, et celle de Saskia Maurer en particulier, est le point positif, mais l’absence totale de danger offensif peut être un sujet d’inquiétude pour les ambitions helvètes.

Commentaires d’après-match :
Rahel Enzler (attaquante de la Suisse) : « Saskia a été incroyable, elle a sorti tellement d’arrêts. Nous avons eu deux occasions en 2-contre-1 mais manqué de réalisme. En défense, j’ai trouvé que nous avions fait du bon travail. Nous apprenons au fil des ans à jouer de gros matchs comme celui-ci, nous grandissons ensemble et nous nous rapprochons match après match. »
Renata Fast (défenseure du Canada) : « C’était notre premier match, l’idée c’était de s’en tenir au plan et de ne pas s’impatienter et d’y aller chacune de son côté. On s’y est tenues, c’est très important de jouer en équipe dans cette situation où le score ne se débloque pas. »
Sarah Fillier (attaquante du Canada) : « C’était un grand jeu en supériorité, j’avais juste à me trouver dans le dos de la défense. Il y a beaucoup d’expérience et de maturité dans cette équipe et nous devrons jouer en équipe pour aller chercher l’or. »
Suisse – Canada 0-4 (0-0, 0-1, 0-3)
Samedi 7 février 2026 à 21h10 à Milano Rho. 3885 spectateurs.
Arbitres : Kelly Cooke (USA) et Julia Kainberger (AUT) assistées de Sarah Buckner (USA) et Tiina Saarimäki (FIN).
Pénalités : Suisse 12′ (4′, 2′, 6′) ; Canada 4′ (2′, 0′, 2′).
Tirs : Suisse 6 (2, 1, 3) ; Canada 55 (17, 13, 25).
Récapitulatif du score :
0-1 à 27’02” : Spooner assistée de Poulin et Fillier (sup. num.)
0-2 à 44’03” : Fillier assistée de Fast et Watts (sup. num.)
0-3 à 53’36” : Gosling assistée d’Ambrose et Thompson (sup. num.)
0-4 à 56’44” : Watts assistée de Nurse et Thompson
Suisse
Attaquantes :
Rahel Enzler – Alina Müller (A, 2′) – Lara Stalder (C, 2′)
Alina Marti (2′) – Ivana Wey (4′) – Laura Zimmermann
Vanessa Schaefer (-1) – Sinja Leemann – Lena Marie Lutz
Leoni Balzer (-1) – Naemi Herzig – Kaleigh Quennec (A, -1)
Lisa Rüedi
Défenseures :
Alessia Baechler – Lara Christen
Nicole Vallario (-1, 2′) – Laure Mériguet
Stefanie Wetli – Shannon Sigrist
Annic Büchi (-1)
Gardienne :
Saskia Maurer
Remplaçante : Monja Wagner (G). En réserve : Andrea Brändli (G, norovirus).
Canada
Attaquantes :
Julia Gosling – Marie-Philip Poulin (C) – Laura Stacey
Daryl Watts (+1, 2′) – Sarah Nurse (+1) – Sarah Fillier (+1)
Emma Maltais – Blayre Turnbull (A, 2′) – Emily Clark
Jennifer Gardiner – Kristin O’Neill – Brianne Jenner
Natalie Spooner
Défenseures :
Jocelyne Larocque (A) – Renata Fast
Ella Shelton – Erin Ambrose
Claire Thompson (+1) – Sophie Jaques (+1)
Kati Tabin
Gardienne :
Emerance Maschmeyer
Remplaçante : Kayle Osborne (G). En réserve : Ann-Renée Desbiens (G).









































