Cruelle désillusion pour les juniors français

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La saison noire pour le hockey français avait commencé il y a un par la relégation de l’équipe de France de moins de 20 ans à Füssen. Première sélection en lice, c’est elle qui donne en quelque sorte l’impulsion aux autres. Son objectif logique est de remonter en division IA mondiale, et de montrer ainsi la voie notamment aux seniors.

La formation entraînée par Pierre Pousse est bien entrée dans son tournoi de division IB mondiale. Elle a d’abord remporté deux victoires obligatoires, 6-1 contre la meilleure génération de la courte histoire estonienne, puis 4-1 contre une Italie au fond du trou (elle a été humiliée 3-15 contre la Pologne, elle a dilapidé une avance de trois buts contre l’Estonie et se dirige droit vers la D2A). Le premier gros morceau se présentait dimanche soir avec l’Ukraine, qui avait battu les Français en prolongation en match de préparation. Si les Ukrainiens organisent le tournoi, ce n’est en effet par hasard : ils misent beaucoup sur cette génération 2000, qui avait obtenu la promotion en D1A chez les moins de 18 ans en devançant une forte Autriche (ces mêmes Autrichiens âgés de deux ans de plus viennent de faire sensation en obtenant leur ticket pour l’élite mondiale à dix). Là encore, les Bleus ont maîtrisé leur match : 43 tirs à 19 pour une victoire sans bavure 3-1.

Une seule équipe peut faire obstacle au projet bleu : la Hongrie. Les résultats des matches internationaux des moins de 20 ans incite à la méfiance : les Magyars ont remporté leurs deux confrontations avec la France cette saison. Les deux pays comptent trois victoires en trois journées : celui qui gagnera ce match empochera le tournoi et la montée.

La France commence bien le match avec deux présences installées, mais se mettent ensuite à subir. Après avoir fait un premier croc-en-jambe à l’arbitre (!), Pierrick Dubé fait trébucher Vegdan Bogesic en zone neutre. Pas la peine de râler envers sa première « victime » zébrée, qui s’est relevée pour tendre le bras : la faute est évidente. En infériorité, Matis Bourillon se couche sur la glace pour empêcher un jeu en triangle. Au retour à cinq, la France se fait prendre à revers sur sa première attaque : Lucas Chautant et Baptiste Bruche perdent le palet derrière la cage adverse, Paulin Mainot monte de façon erronée sur l’adversaire en laissant dans son dos un 3 contre 2. Le revers en angle de Marcell Revesz provoque un rebond axial et le troisième attaquant hongrois Levente Keresztes est alors seul pour ouvrir le score (1-0).

Pendant une séquence offensive française, Dubé se jette sur Vertes qui lève la crosse pour faire barrage : obstruction pour le Français, crosse haute pour le Hongrois, qui joint à ses invectives un geste déplacé depuis le banc de la prison. On joue donc à 4 contre 4. Le capitaine Yohan Coulaud perd le palet dans le coin, mais son centre Lucas Chautant connaît la tendance de l’Amiénois à se joindre à l’offensive et couvre bien. Le repli des Français semble donc mieux maîtrisé, mais Charles Schmitt re-perd le palet après l’avoir récupéré dans sa zone. Le tir en angle de Bence Paterka n’est alors pas entièrement capté par la mitaine de Valentin Duquenne qui laisse encore un rebond dans l’axe : Paterka y donne le palet à Marcell Revesz qui marque d’un lancer balayé (2-0). Deux buts en neuf minutes, le scénario noir…

Les Français ne manquent pas d’engagement physique, à l’image d’une spectaculaire charge à la hanche de Hugo Allais sur Kristof Nemeth. Le Hongrois, un temps au sol, se met à genoux puis replonge quand Samuel Rousseau passe près de lui : l’Alsacien a-t-il donné un mauvais coup (peu visible) ? Il part deux minutes en prison. Les tricolores défendent leur enclave avec férocité et dégagent bien les palets. Ils ont ensuite six minutes pour se redynamiser un peu offensivement, mais sont plus en danger sur les contre-attaques hongroises. Ce premier tiers-temps est à vite effacer.

La France bénéficie d’une crosse haute de Paterka dès le début de la deuxième période. Lors de la supériorité numérique, Quentin Tomasino est trouvé deux fois en cœur d’enclave mais ne parvient pas à conclure. En revanche, quand Pierrick Dubé commet une faute en zone offensive pour interrompre une relance, la Hongrie frappe à nouveau : un lancer de la ligne bleue de Zsombor Doczi se loge dans la lucarne de Duquenne, masqué par le trafic (3-0).

La réaction tricolore est d’abord individuelle avec une accélération d’Antonin Plagnat ou encore un « grand pont » de Baptiste Bruche sur le défenseur Horvath en lui passant le palet sous la crosse, mais il n’y a rien de coordonné dans les attaques françaises. C’est justement dans un dribble en un-contre-un dans sa zone défensive que Louis Vitou est fait trébucher par Retfalvi. La grosse activité défensive des Hongrois en infériorité, y compris de la crosse, laisse peu d’espaces mais Quentin Tomasino – en photo ci-dessus – s’avance à l’entrée du cercle droit et décoche un lancer croisé en lucarne (3-1). Pokorny fait obstruction Samuel Rousseau dans un duel le long de la bande, mais ce second avantage numérique de suite n’est cette fois pas exploité : Bruche est trop court pour reprendre le centre devant le but de Zago sur une attaque rapide, et sur les actions placées, les Hongrois sont toujours hyperactifs dans leur slot et contrent toute tentative.

En troisième période, Natan Vertes presse en fond de zone française et fait trébucher Paul Joubert. En jeu de puissance, Pierrick Dubé et Yohan Coulaud multiplient les lancers puissants, en vain. Les Français sont au bord du désastre à mi-période quand ils laissent le duo hongrois majeur Vertes/Peter s’approcher trop près de la cage de Valentin Duquenne, qui sauve les meubles. Le temps commence à presser, mais voilà que Samuel Rousseau remet le palet du revers depuis l’arrière de la cage… et il finit dans les filets dans une certaine confusion (3-2). Explosion de joie dans les rangs tricolores : l’espoir est bien vivant.

Les Bleus jouent parfois avec précipitation dans leur hâte de revenir, et perdent en fait du temps en abandonnant ainsi le palet aux Hongrois. Ceux-ci sont toujours très agressifs dans les duels et « mangent » parfaitement le chronomètre. À une minute de la fin, Dubé tape encore à la porte du gardien en conduisant son palet depuis le coin de la patinoire : une trop rare occasion pour des Français au sevrage. Pierre Pousse demande son temps mort à 28 secondes de la fin avant un engagement en zone défensive. Ses hommes s’arrachent pour obtenir une dernière attaque sous l’impulsion de Dylan Fabre. Dubé hérite du palet dans le cercle gauche à cinq secondes de la fin : son slap est contré. Le joueur des Remparts de Québec se présente alors pour l’ultime mise au jeu… perdue. Les casques rouges volent : les Hongrois se congratulent. Ils remontent en division IA, d’où ils avaient été relégués à Courchevel il y a deux ans. Pour le hockey français, c’est une nouvelle désillusion…

Courir après le score n’a pas aidé une équipe fougueuse qui, en se retrouvant menée, a perdu sa maîtrise tactique et collective. L’exemple-type de cet excès d’enthousiasme est le meilleur marqueur des Bleus dans le tournoi, Pierrick Dubé (photo ci-dessous), dont la ligne reste la plus dangereuse offensivement. Malgré un gabarit inférieur à celui de son père (chose génétiquement rare de nos jours), la puissance du slap de Pierrick rappelle déjà quelque chose de Roger – alias « Boom-Boom » – mais dans le hockey moderne, c’est surtout dans la discipline qu’il devra s’éloigner de l’exemple paternel. Le protégé de Patrick Roy chez les Remparts doit apprendre à modérer ses ardeurs. Il ne manque pas de cœur, mais il se laisse parfois emporter par son élan comme en témoignent ses deux fautes identiques (il se jette et met sa crosse en travers de l’adversaire qui l’évite), inutiles et éloignées du jeu.

Désignés joueurs du match : Bence Paterka pour la Hongrie et Quentin Tomasino pour la France.

Hongrie – France 3-2 (2-0, 1-1, 0-1)
Mardi 17 décembre 2019 à 13h00 au Palais des Sports de Kyiv (UKR). 698 spectateurs.
Arbitrage de Miha Bulovec (SLO) assisté d’Ilya Kisil (GBR) et Patrick Laguzov (ALL).
Pénalités : Hongrie 10′ (2′, 6′, 2′) ; France 8′ (6′, 6′, 0′).
Tirs : Hongrie 25 (11, 5, 9) ; France 32 (5, 14, 13).

Évolution du score :
1-0 à 06’10 : Keresztes assisté de Revesz et Pokornyi
2-0 à 08’58 : Revesz assisté de Paterka
3-0 à 26’59 : Doczi assisté de Keresztes et Paterka (sup. num.)
3-1 à 34’46 : Tomasino assisté de Boscq (sup. num.)
3-2 à 51’47 : Rousseau

Hongrie

Attaquants :
Natan Vertes (4′) – Donat Peter (C) – Bence Dezsi
Levente Keresztes – Bence Paterka (+2, 2′) – Marcell Revesz (+2)
Gergo Ambrus (-1) – Kristof Retfalvi (2′) – Kristof Nemeth (-1)
Alex Kovacs – Laszlo Horvath (A) – Balint Mesterhazy

Défenseurs :
Milan Horvath (+1) – Patrik Balazs Szecsi (+1)
David Pokornyi (A, 2′) – Botond Farkas (+1)
Marko Csollak – Zsombor Doczi (-1)
Mate Sergely – Vedran Bogesic

Gardien :
Dominik Horvath

Remplaçant : Levente Markus (G).

France

Attaquants :
Dylan Fabre – Antonin Plagnat – Pierrick Dubé (6′)
Baptiste Bruche (-2) – Lucas Chautant (-1) – Paulin Mainot (-1)
Louis Vitou – Samuel Rousseau (+1, 2′) – Quentin Tomasino (+1)
Bastien Zago – Paul Joubert – Théo Vialatte
Flavian Dair

Défenseurs :
Yohan Coulaud (C, -2) – Charles Schmitt (-1)
Yoan Salve – Hugo Allais
Matis Bourillon – Jules Boscq (+1)

Gardien :
Valentin Duquenne

Remplaçants : Florian Gourdin (G), Clément Guennelon.

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