C’est LE match du tour préliminaire. Les deux pays qui se partagent les médailles d’or depuis la naissance du hockey femmes se retrouvent pour le « classique », Canada/États-Unis. Un match sans grand enjeu, mais la rivalité est telle que l’intensité sera à coup sûr au rendez-vous.
Le public ne s’y trompe pas et la patinoire est pleine comme un œuf. Les tribunes presse ? Peuplées de journalistes des plus grands médias nord-américains. Bref, c’est « The place to be » pour tous les suiveurs du hockey…
Mais l’information du jour, c’est l’absence de la superstar et capitaine canadienne Marie-Philip Poulin. Blessée « au bas du corps », selon l’expression consacrée, la veille face aux Tchèques, « MPP » va assurément manquer aux Canadiennes. Il faudra apprendre à jouer sans : le Canada ne s’est pas passé de cette joueuse aux Jeux olympiques depuis 2006 !
Dire que les deux pays dominent le hockey mondial serait un euphémisme, puisqu’on les a retrouvés dans toutes les finales mondiales depuis 30 ans, à deux ou trois près. En dépit des progrès de plusieurs pays européens, qui limitent la casse souvent à l’aide de grosses performances de gardiennes, les scores sont éloquents. Les Américaines ont remporté leurs trois matchs (5-1 contre les Tchèques, 5-0 contre la Finlande et la Suisse) et bouclent leur tour préliminaire avant un quart « facile » contre un pays du groupe B (Allemagne ou Italie). Le Canada, qui jouera son match reporté contre la Finlande le 12 février, s’est imposé 4-0 contre la Suisse et 5-1 contre les Tchèques.
Pour autant, le sens de l’histoire va plutôt en faveur des États-Unis. La traditionnelle Rivalry series en novembre-décembre a en effet tourné à la correction : 4-1, 6-1, 10-4, 4-1. Les qualités de vitesse, de technique ont paru largement en faveur des coéquipières d’Hillary Knight.

Le Canada sous pression
Le début de match respire la prudence des deux côtés. Si Laura Stacey tente un tour de cage rapide, il y a ensuite plus rien pendant trois minutes, avec un rythme mesuré et des passes sans grand risque. Les Américaines s’octroient la première vraie chance sur un tir de Caroline Harvey dévié, repris en pivot et stoppé du bout de la jambière par Desbiens. La défenseure de l’université du Wisconsin expédie sur la présence suivante un nouveau tir en tête de cercle, avec une patience et une minutie impressionnante. Il y a du trafic, notamment Hillary Knight devant Desbiens, et le palet glisse au fond des filets (0-1). Beaucoup trop de champ libre laissé… L’assistance de Knight lui permet d’égaler le record de points pour une Américaine aux Jeux olympiques.
Le Canada n’arrive pas à grand chose et concède même une faute de Blayre Turnbull dans le slot à force de subir. Layla Edwards se met en évidence avec une belle volée au cercle gauche, que repousse Desbiens. Le jeu ne quitte guère la zone des joueuses de Troy Ryan et, après un quart d’heure, on ne compte que deux tirs, contre neuf aux Américaines. Celles-ci gagnent le défi physique, à l’image de Layla Edwards, solide sur une charge de Kristin O’Neill… qui finit au sol.
Il n’y a pas photo : les USA sont devant. Montée aisée de Harvey qui écarte sur Abbey Murphy à droite. Celle-ci gagne la course avec Claire Thompson vers la ligne de fond, et sort une passe dans le dos magique vers Hannah Bilka, toute seule devant Desbiens : trop facile (0-2).
Les Américaines sont prêtes pour la curée, et harcèlent encore la défense. Juste avant la pause, Desbiens évite un 3-0 humiliant devant Taylor Heise, seule devant la cage. Il n’y a que deux buts de retard et un cinglant 11-4 aux tirs en faveur des joueuses de John Wroblewski.

Démonstration américaine
Le Canada tente de repartir avec de meilleures intentions et s’octroie un tir de l’aile, que Frankel a du mal à dévier à côté du but. Sur la remontée du palet, Abbey Murphy est victime d’une charge de Sarah Fillier. La Canadienne termine sur le banc des pénalités et les officiels vérifient la vidéo : ce sera finalement une simple obstruction et deux minutes. Murphy, réputée pour ses simulations en PWHL, en a sans doute beaucoup rajouté.
La circulation du palet est chirurgicale, avec Tessa Janecke en bout de ce jeu de passe près du deuxième poteau. Kirsten Simms se projette aussi dans le slot et Ann-Renée Desbiens sort un grand écart. Les arbitres appellent la vidéo afin de vérifier si le palet a franchi la ligne ou non. Après un long moment, le but est validé. Pour autant, ce n’est pas terminé car le Canada réclame une obstruction sur la gardienne. Les officiels valident une nouvelle fois et assènent donc un retard de jeu aux Canadiennes qui restent en infériorité (0-3).
Le jeu reste fluide et précis, avec une nouvelle chance de Simms du bout de la crosse, mais globalement, le Canada ne tremble pas trop et revient au complet. Cela ne change pas la physionomie : plus rapides, les Américaines démarrent en 2 contre 1 et le tir de Britta Curl percute le poteau !
Pas grand chose à se mettre sous la dent côté feuille d’érable avec seulement cinq tirs, et un sixième de Laura Stacey écarté par Frankel. Cette rare phase installée en attaque n’aboutit finalement… qu’à deux minutes contre O’Neill, et un jeu de puissance américain.
L’occasion d’admirer encore le patinage et l’aisance de Caroline Harvey, dont le tir passe encore le mur défensif avant de se loger dans la mitaine de Desbiens. Pas de but sur cette situation, et la supériorité s’inverse avec une charge illégale de Simms.
Cela ne donne rien, et les États-Unis reprennent la main. Harvey annule un contre canadien d’un beau jeu à la crosse et lance Abbey Murphy, qui déborde à gauche vers la ligne de fond avant de servir en retrait Hannah Bilka : reprise immédiate lucarne opposée avec l’écran de Shelton (0-4).
C’est la première fois que les Canadiennes sont menées sur ce score aux Jeux olympiques. Elles n’arrivent pas à construire grand chose. Seul un tir de loin de Brianne Jenner et un rebond de Natalie Spooner réveillent Aerin Frankel, avec un double arrêt. Le tiers se termine sur une charge illégale de Taylor Heise.

L’humiliation est totale
La supériorité numérique ne donne rien, la faute à un déchet technique inhabituel. Le rythme est logiquement retombé. Il suffit d’attendre les erreurs : un retenir de Jocelyne Larocque sur… Abbey Murphy, qui provoque sa quatrième pénalité du soir. Bien installées dans la zone offensive, les Américaines font tourner, trouvent un poteau, et, au retour à 5 contre 5, Desbiens stoppe un jeu de Grace Zumwinkle dans le dos de la défense.
Le calice jusqu’à la lie : incapable de créer le moindre jeu offensif, le Canada est battu dans tous les duels. Layla Edwards surgit ainsi dans la neutre, intercepte et s’avance, avant d’ajuster une merveille de tir en pleine lucarne (0-5). Emerance Maschmeyer remplace alors Ann-Renée Desbiens dans le but.
Cela ne change rien, tant la vitesse américaine lamine la défense canadienne, qui multiplie les pertes de palet. Maschmeyer doit sortir plusieurs palets chauds, notamment un tir de Joy Dunne plein axe.
Avec huit joueuses nées après 2002 – contre 0 au Canada – les États-Unis confirment que leur virage jeunesse fonctionne. Le Canada n’a pas souhaité modifier son plan après la déroule de la Rivalry series et sort de ce match sans Marie-Philip Poulin sonné et atone. Ce qui compte, c’est la finale certes. Mais à ce rythme, le Canada y arrivera-t-il ?

Commentaires d’après-match :
Ann-Renée Desbiens (gardienne du Canada) : « Un ou cinq ça ne change rien, tu perds le match. Il faut voir ce qui a fonctionné et ce qui doit être amélioré et c’est la force de notre équipe de savoir le faire. On doit trouver l’équilibre. Elles ont capitalisé sur nos erreurs, avec leur talent elles ont été opportunistes. Il y a eu beaucoup de pression, de revirements. Elles ont fait un bon travail pour mettre du trafic, des déviations avec leurs gabarits. Mais le match n’est pas si important, ce sont plutôt les trois matchs à partir des quarts qui le sont. On doit se concentrer sur nos forces. Non, nous n’avons pas abordé ce match différemment des autres, nous sommes restées sur notre plan de match. On va devoir générer plus d’offensive, cela passera par plus d’échec-avant et d’être plus connectées sur les changements de ligne. »
Aerin Frankel (gardienne des États-Unis) : « L’équipe a été formidable offensivement, c’était fun d’être derrière elles. Je joue plus libérée grâce à leur vitesse, leurs qualités techniques. Il faut continue à jouer de cette manière, un effort collectif de 60 minutes, avec des buteuses différentes. J’ai maintenant pas mal d’expérience grâce aux Championnats du monde, aux matchs contre le Canada. Mais je traitais ce match comme n’importe quel autre. J’avais un peu de stress parce que ce sont les Jeux olympiques, mais j’ai pris beaucoup de plaisir. Je ne me projette pas, je prends chaque match à la suite, pour aider l’équipe. Jouer relâchée, compétitive pour donner une chance de gagner à l’équipe. On va avoir un jour de repos, puis retour à l’entraînement. Rester concentrée quand on voit peu de tirs ? Oui, c’est un challenge, parfois vous ne voyez pas de tirs pendant dix minutes et soudain il y a un jeu de puissance. J’essaie de regarder le jeu, de parler à ma défense. »

Canada – États-Unis 0-5 (0-2, 0-2, 0-1)
Mardi 10 février 2026 à 20h10 à Milano Santagiulia. 11 390 spectateurs.
Arbitres : Julia Kainberger (AUT) et Anniina Nurmi (FIN) assistées de Sarah Buckner (USA) et Laura Gutauskas (CAN).
Pénalités : Canada 10′ (2′, 6′, 2′) ; États-Unis 4′ (0′, 4′, 0′).
Tirs : Canada 20 (4, 6, 10) ; États-Unis 33 (11, 11, 11).
Évolution du score :
0-1 à 03’45” : Harvey assistée de Winn et Knight
0-2 à 17’18” : Bilka assistée de Murphy et Harvey
0-3 à 21’18” : Simms assistée de Janecke et Murphy (sup. num.)
0-4 à 33’00” : Bilka assistée de Murphy et Harvey
0-5 à 51’53” : Edwards assistée de Curl
Canada
Attaquantes :
Emma Maltais (-1) – Brianne Jenner (C, -1) – Natalie Spooner (-1)
Daryl Watts (-3) – Sarah Nurse (-2) – Sarah Fillier (-2, 2′)
Emily Clark – Blayre Turnbull (A, -1, 2′) – Laura Stacey (-1)
Julia Gosling – Kristin O’Neill (2′) – Jennifer Gardiner
Défenseures :
Jocelyne Larocque (-2, 2′) – Renata Fast (A, -1)
Ella Shelton (-1) – Erin Ambrose (-2)
Claire Thompson (-1) – Sophie Jaques
Kati Tabin
Gardienne :
Ann-Renée Desbiens puis à 51’53” Emerance Maschmeyer
En réserve : Kayle Osborne (G), Marie-Philip Poulin (blessée)
États-Unis
Attaquantes :
Britta Curl (+1) – Alex Carpenter (A, +2) – Hilary Knight (C, +1)
Hannah Bilka (+2) – Taylor Heise (+2, 2′) – Abbey Murphy (+2)
Kendall Coyne – Kelly Pannek – Grace Zumwinkle
Joy Dunne (+1) – Tessa Janecke – Kirsten Simms (+1, 2′)
Hayley Scamurra
Défenseures :
Megan Keller (A, +1) – Laila Edwards (+1)
Caroline Harvey (+3) – Haley Winn (+2)
Lee Stecklein – Cayla Barnes
Rory Guilday (+1)
Gardienne :
Aerin Frankel
Remplaçante : Gwyneth Philips (G). En réserve : Ava McNaughton (G).










































