Le festival Lafrénière

241

Le choc entre les deux voisins nord-américains est presque une tradition du Mondial junior, même s’il se déroule le plus souvent le 31 décembre. Cette fois, les deux rivaux s’affrontent dès le premier match du tournoi. Et avec la victoire tchèque sur la Russie, le programme est déjà bien chamboulé… Les Américains restent sur quatre victoires consécutives face au Canada.

Problème de riches, les deux équipes comptent des absents de marque : Kirby Dach et Noah Dobson sont retenus en NHL côté canadien, et c’est aussi le cas de Jack Hughes et Joel Farabee côté américain. On pourrait tout autant lister les joueurs non retenus par leurs sélections respectives – Alex Newhook ou Thomas Harley pour les Canadiens, par exemple…

La densité de ces deux effectifs annonce un match dantesque pour cette ouverture du tournoi. Et la pression sera sur les épaules de Nico Daws, désigné gardien partant par Dale Hunter.

Pour ce match, les États-Unis arborent un maillot atypique : celui du titre olympique de 1960. Il semble y avoir une certaine nervosité dans les premiers instants avec un manque de précision dans le jeu. Les États-Unis tirent mieux leur épingle du jeu ceci dit, avec une possession supérieure et ils obtiennent la première pénalité du match avec une faute du capitaine canadien Barrett Hayton.

L’efficacité en supériorité ne tarde pas. Shane Pinto se plante dans le cercle droit et parvient à dévier un tir de Zac Jones, piégeant Nico Daws (0-1).

Le but ne change pas la physionomie de la rencontre, copieusement dominée en possession par les États-Unis. Après cinq minutes, le compteur de tirs affiche un cinglant 6-0… Mais sur une rare incursion canadienne, Jordan Harris est puni pour une obstruction dans le slot. Les joueurs de Dale Hunter ont l’opportunité de revenir mais peinent à franchir le rideau défensif, qui contre plusieurs tirs.

La séquence aura eu le mérite d’équilibrer la partie. Le Canada teste enfin Spencer Knight avec un essai du jeune Dawson Mercer, sans réussite. Mais cela reste un feu de paille, car l’essentiel du jeu revient rapidement dans les crosses des joueurs de Scott Sandelin, qui ne parviennent plus à trouver le cadre – le Canada mène désormais 7-6 aux tirs.

À trois minutes de la fin, le Canada concède une pénalité. McIsaac laisse bien trop traîner sa crosse et accroche Brink. Et encore une fois, le jeu de puissance fait le travail. En fin d’avantage, une longue relance vers Turcotte libère Zegras, qui feinte un défenseur de manière spectaculaire et libère Kaliyev sur le côté : sanction immédiate (0-2).

Menés après un tiers, les Canadiens reviennent au jeu avec de meilleures intentions. Veleno inquiète tout d’abord Spencer Knight. Le jeu, équilibré, voit aussi Daws réaliser un arrêt-mitaine difficile sur une action américaine bien menée collectivement.

Finalement, une bonne relance de Kevin Bahl le long de la bande libère Raphael Lavoie, qui lance Akil Thomas sur l’aile. Le centre fort devant le but trouve Connor McMichael, oublié au marquage, qui place sa crosse et glisse le disque entre les jambes du gardien (1-2).

Piqués au vif, les Américains ripostent avec un tir d’Oliver Wahlstrom, bien bloqué par la mitaine ferme de Daws. Mais les officiels ne manquent pas un retenir de Pinto peu après, plaçant le Canada en supériorité numérique. Le capitaine Barrett Hayton égalise dès l’engagement avec une volée puissante du cercle droit, servi par Lafrénière (2-2).

Les Rouges insistent, en pleine confiance, avec un nouvel essai en tour de cage de McMichael, puis un tir de Hayton dans l’axe après une récupération au cercle. Les joueurs de Dale Hunter ont pris la main sur le match. Une nouvelle percée de Liam Foudy met le feu, et pousse Cam York à mettre au sol Aidan Dudas. Le Canada, qui compte 11 tirs à 4 dans ce deuxième tiers, reçoit un nouvel avantage numérique. Et encore une fois, le jeu de puissance capitalise. Le palet tourne de manière fluide, Ty Smith écarte au cercle droit. Nolan Foote a le temps de s’appliquer et nettoie la lucarne de Spencer Knight, côté mitaine, à travers la foule (3-2).

Les Américains se réveillent et enchaînent quelques longues présences en zone offensive, bien que trop périphériques. Cependant, Stastney est puni pour une crosse haute dans la neutre et brise ainsi le momentum.

Cette fois, la défense tient le choc et les États-Unis repartent à l’assaut. Daws sauve son camp sur un contre américain, et la fin de tiers se déroule dans la zone canadienne. Bahl est ainsi puni pour une faute sur Beecher dans un duel dans le coin. Le jeu de puissance tente d’égaliser dans les dernières secondes. Brink déborde à droite, contourne la cage et centre. Le premier tir est contré, mais Pinto surgit et pousse le rebond au fond, au buzzer. Le palet est-il entré dans le but avant la sirène ? Non ! À deux secondes près… Le Canada échappe à l’égalisation et mène donc 3-2 à la pause, de justesse. Mais il restera 1’43 de supériorité à tuer.

En dépit d’une circulation fluide, les États-Unis ne parviennent pas à s’offrir de décalage à la reprise et la pénalité s’achève sans occasion. Parker Ford poursuit le temps fort américain avec deux chances de suite.

Il y a du rythme et de l’intensité, mais les deux équipes effectuent un bon travail pour repousser le jeu vers l’extérieur et limiter les chances. Wahlstrom obtient toutefois une chance monstre sur un revirement en entrée de zone. Planté dans le slot, il masque le gardien sur un tir de loin, pivote pour prendre le rebond et se heurte à la jambière de Nico Daws, intraitable. Un double arrêt décisif du portier de Guelph…

Knight réplique avec un arrêt de son crû face à Liam Foudy, dans une partie qui s’anime soudain. Stastney sort pour une nouvelle pénalité et brise encore une fois l’élan de son équipe. Une erreur coupable en zone défensive, car le Canada ne manque pas l’aubaine. Veleno travaille le long de la bande, Lafrénière slalome et attaque le slot, où il attire la défense et décale brillamment Hayton. Le capitaine profite de la cage ouverte (4-2).

Trois buts en supériorité dès le premier match : le problème de 2019 ne semble pas se reproduire, le Canada ayant l’an dernier marqué 3 buts en supériorité sur… tout le tournoi.

Mais le match est loin d’être plié. Nick Robertson réveille les États-Unis en s’approchant dans l’axe et en décochant entre les jambes de Bernard-Docker (4-3).

Quinton Byfield est pris par la patrouille sur la présence suivante, et les États-Unis alignent leur jeu de puissance. Brink entame en attaquant la cage du revers, Robertson enchaîne de la bleue. Le deuxième groupe suit et Kaliyev tente sa chance en haut du cercle. Malgré ces efforts, les États-Unis ne convertissent pas.

Il reste 3’44 lorsque les États-Unis reçoivent une nouvelle supériorité. Pinto, dans le coin, subit en effet une charge dans le dos de Dellandrea. L’espoir d’Ottawa se fait justice lui-même en recevant un caviar à travers l’enclave de Robertson, qui parvient à éviter Bernard-Docker couché sur la glace (4-4).

Une égalité de courte durée : sept secondes ! Sur l’engagement, Lafrénière vole un palet et feinte Knight. Une erreur coupable de Miller, sous pression de Foote, qui tente là un revers maladroit vers son partenaire de défense… (5-4).

Scott Sandelin choisit de poser son temps mort et sort son gardien. Un pari qui ne paie pas, Ty Dellandrea clôturant la marque cage vide sur une passe de… Lafrénière, pour son quatrième point du match (6-4).

Le Canada aura donc parfaitement exploité les deux points faibles adverses. L’indiscipline, tout d’abord, qui aura donné trois buts en supériorité numérique. Et la gestion catastrophique du palet par la défense américaine, à l’image du but gagnant de Lafrénière. Deux secteurs que les États-Unis, eux-mêmes pas maladroits en avantage numérique, devront impérativement corriger face à la Russie dimanche, après le match contre l’Allemagne vendredi. Pour le Canada, il y a un enseignement à tirer : Alexis Lafrénière est un joueur exceptionnel.

Désignés joueurs du match : Alexis Lafrénière (Canada) et Shane Pinto (États-Unis)

Canada – États-Unis 6-4 (0-2, 3-0, 3-2)
Jeudi 26 décembre 2019 à 19h00 à l’Ostrava Arena. 8693 spectateurs.
Arbitrage de Andreas Harnebring (SUE) et Lassi Heikkinen (FIN) assistés de Markus Hagerstrom (FIN) et Ludvig Lundgren (SUE).
Pénalités : Canada 10′ (4′, 2′, 4′), États-Unis 10′ (2′, 6′, 2′)
Tirs : Canada 32 (8, 16, 8), États-Unis 32 (10, 8, 14)

Évolution du score :
0-1 à 03’10 : Pinto assisté de Jones et Brink
0-2 à 18’32 : Kaliyev assisté de Zegras et Turcotte (sup. num.)
1-2 à 23’31 : McMichael assisté de Thomas
2-2 à 26’34 : Hayton assisté de Lafrénière (sup. num.)
3-2 à 13’03 : Foote assisté de Smith (sup. num.)
4-2 à 50’47 : Hayton assisté de Lafrénière et Veleno (sup. num.)
4-3 à 52’45 : Robertson
4-4 à 56’42 : Pinto assisté de Robertson (sup. num.)
5-4 à 56’49 : Lafrénière
6-4 à 58’50 : Dellandrea assisté de Lafrénière (cage vide)

États-Unis

Attaquants :
Nick Robertson – Shane Pinto – Oliver Wahlstrom (A)
John Beecher – Jack Drury – Cole Caufield
Alex Turcotte – Parker Ford – Bobby Brink
Trevor Zegras – Jacob Pivonka – Curtis Hall
Arthur Kaliyev

Défenseurs :
Mattias Samuelsson (C) – Jordan Harris
K’Andre Miller (A) – Spencer Stastney
Zachary Jones – Ty Emberson
Cameron York

Gardien :
Spencer Knight

Remplaçant : Dustin Wolf (G). Réserviste : Isaiah Saville (G)

Canada

Attaquants :
Alexis Lafrenière – Joe Veleno (A) – Nolan Foote
Quinton Byfield – Barrett Hayton (C) – Dylan Cozens
Liam Foudy – Ty Dellandrea – Aidan Dudas
Connor McMichael – Akil Thomas – Raphael Lavoie
Dawson Mercer

Défenseurs :
Jared McIsaac – Ty Smith (A)
Kevin Bahl – Jacob Bernard-Docker
Bowen Byram – Calen Addison
Jamie Drysdale

Gardien :
Nico Daws

Remplaçant : Joel Hofer (G)

Les commentaires sont fermés.

On vous envoie quelques cookies, c'est juste pour suivre notre audience, vous pouvez refuser de les recevoir si vous le voulez ! Accepter En savoir plus

sem, id Phasellus ut vulputate, justo suscipit ipsum consequat. non