France et Kazakhstan connaissent deux calendriers opposés dans ce Mondial de division 1A. Les Bleuets ont perdu d’entrée contre les deux favoris (Norvège et Autriche) alors que le Kazakhstan, qui a glané 3 points contre l’Ukraine et la Slovénie, doit les affronter en dernier. Relégués de l’élite mondiale avec une formation très différente (14 joueurs ont passé la limite d’âge), la nation d’Asie centrale peut encore lutter pour y remonter si elle bat la France. Mais si elle perd, sa situation sera tendue pour le maintien.
Le match est évidemment tout aussi capital pour les Français, qui ont opéré un grand tournant à un poste sensible. Absent des deux premières rencontres, Guillaume Schoch, le gardien expatrié en Suède, est titularisé dans les cages ce soir. Ce n’est pas tout, Olivier Dimet a modifié toutes ses lignes (sauf le trio Le Lem – Vidal – Djian).
Mais celui qui montre la voie, c’est le capitaine Antonin Fine. Il gagne une mise au jeu en zone offensive, travaille bien pendant toute la séquence installée et profite d’un faible rebond laissé par le gardien Daulet Kuat pour le battre à hauteur de mitaine (0-1).
Une grosse mise en échec dans la bande de Tribi-Chauvière laisse un Kazakhstan un temps au sol, mais sans faute après concertation des arbitres. Alexandre Monarque gagne l’engagement qui suit en zone offensive, Noa Nsonsa Kitala s’infiltre et tire du revers, puis Nathan Riu marque sur le rebond (0-2). Anton Vasin appelle son temps mort.
Les Français sont bien plus actifs et mobiles que leurs adversaires. Paul Le Lem crée un 2 contre 1 mais sa passe arrive dans le patin de Robinson Djian qui tire ensuite dans la botte du gardien Kuat assis sur la glace en faux grand écart.
Il n’y a pas photo entre les deux équipes. Le Kazakhstan montre juste ses qualités techniques en portant le palet très individuellement, ce que les Français gèrent par une défense collective. Et pourtant, sur un contrôle raté de Darcy Terglav qui envoie le palet du patin dans le coin de sa zone, Abzal Alibek récupère et passe du revers de derrière la cage à Vitaly Bozhko qui marque entre Schoch et son poteau (1-2).
Le momentum ne dure pas pour les hommes d’Anton Vasin car leur capitaine Assanali Sarkenov est sanctionné pour une charge avec la crosse sur Monarque après un engagement en zone française. Mais le résultat comptable de ce premier tiers est décevant pour la France. Un but d’avance, c’est faible quand on a dominé 17 tirs à 5 ! En plus, à deux secondes de la fin, Antonin Fine a fait trébucher Assanali Sarkenov qui perçait vers le but.
La pénalité est bien tuée au retour sur la glace, notamment grâce au bon boulot de Maurice Zwikel et Yannick Haag, qui forment la seule paire défensive inchangée depuis le début de la semaine. Au retour à cinq, Paul Le Lem fait un joli numéro technique, sans que son centre devant le but ne puisse être repris par Djian.
Une longue passe de Mathis Dufour pendant un changement de ligne du Kazakhstan envoie Noa Besson en breakaway. Il ne parvient pas à convertir cette énorme occasion de 1-3… Sur la contre-attaque, Ziyash déborde Robin Guidoux, repique à la cage et prend un tir suivi au rebond par 6 (2-2). Pire encore, sur l’action suivante, Bozhko a le but grand ouvert au rebond d’un tir lontain envoyé dans les bottes de Schoch masqué (3-2). Terrible !
Les Bleuets paraissent sous le choc. Leurs adversaires, eux, ont pris confiance et peuvent maîtriser le palet sans se presser, chose qu’ils savent faire. C’est plus compliqué car il y a moins d’espaces. Même quand Sarkenov est à son tour pénalisé pour un cinglage, aucun tir français ne parvient à traverser une boîte compacte. Un centre de Paulin Hostein dévié devant le but par Riu constitue la première occasion depuis bien longtemps.
Le Kazakhstan serre les lignes, éloigne les palets… et plante même sa seule contre-attaque. Timur Mindubayev entre en zone entouré de deux défenseurs et est contré par Zwikel… mais Timofey Simonov est alors libre de ses mouvements entre les cercles pour fusiller Schoch côté mitaine (4-2). Le repli mollasson des attaquants français est préoccupant depuis le début du tournoi, celui de Darcy Terglav et Mathis Dufour est particulièrement gênant sur cette action.
Au moment où la situation semble désespérée, les Bleuets reviennent aux fondamentaux. Fine et Riu viennent mettre du trafic devant la cage, ce qui permet au lancer lointain de Paulin Hostein de rentrer (4-3). On dirait même que la chance tourne quand le capitaine Assanali Sarkenov tire sur le poteau sur une belle passe de Korney Korneyev de derrière la cage ! Et quand Alisher Sarkenov est fait trébucher par Noa Besson, il en rajoute tellement que les arbitres envoient les deux joueurs en prison !
Le genou de Robinson Djian fauche Korney Korneyev – qui reste longtemps sur la glace et se relève en traînant la patte – dans un geste involontaire car le Français a clairement retenu l’impact de sa jambe ans un croisement de trajectoire. Justement, les arbitres n’infligent que deux minutes, et une pénalité au Kazakhstan. Pas d’infériorité… mais quand le jeu reprend, Alexandre Monarque fait un croc-en-jambe derrière la cage. Il faut cette fois jouer à 4 contre 5… pour 4 secondes. Le temps pour le tir fulgurant à mi-distance de Korneyev – qui n’était donc pas si blessé que ça – de faire sauter la gourde posée par Schoch sur le dessus de son filet, côté bouclier (5-3). Un beau coup de massue sur les têtes françaises avant de rentrer aux vestiaires !
Le second coup de massue arrive dès le début du troisième tiers. Parti de son camp, Semyon Cherkassov passe à côté de Hugo Cal (l’attaquant français dont la passivité défensive est la plus consternante depuis le début de semaine), transperce Robin Guidoux qui ne le bloque pas dans la bande en zone neutre, et est donc totalement seul pour battre Schoch à ras glace en un contre un (6-3).
Quand Korneyev est en prison pour crosse haute, Mathis Dufour est laissé seul face au but et reprend le centre de Djian… en plein dans le gardien. Un tir de Guidoux frappe ensuite le masque de Kuat. Celui-ci lâche aussi un rebond sur un tir masqué de Dufour mais le palet disparaît sous une mêlée de corps et l’arbitre siffle. En souffrance durant cette infériorité numérique, le Kazakhstan… ajoute un but, sur un lancer excentré d’Assanali Sarkenov (7-3). Le gardien Guillaume Schoch prend l’eau comme le reste de l’équipe.
Dès l’engagement, Alexandre Monarque marque sur une belle reprise de volée à mi-hauteur côté plaque après une passe transversale de Dufour (7-4). Une action, un but, et ça continue quand Alibek enfile un palet traînant entre les cercles (8-4 et sortie de Schoch au profit de Boudet), mais aussi quand Hugo Cal surgit face au but après un bel effort de Dufour sur une mise au jeu en zone offensive : 8-5 et le Kazakhstan change de gardien à son tour ! Le préposé à la table de marque doit sans doute avoir le poignet qui chauffe pour tout noter… Une pénalité d’Alves Pereira offre un but de plus au capitaine Sarkenov (9-5). Cinq buts en l’espace de trois minutes.
Assanali Sarkenov déborde Vial et attaque la cage, Shipilin conclut au rebond mais le but ne compte pas car la cage a bougé. Le calvaire n’est pas fini pour autant. Un énième joueur du Kazakhstan reste sur la glace (on ne sait plus qui simule ou pas) après un cinglage de Djian. On joue à 4 contre 4 et Alisher Sarkenov dévie joliment le palet envoyé de la gauche par Korneyev (10-5). Son grand frère Assanali ne veut pas faire moins et reprend de volée la petite passe de Dvurechensky (11-5)… neuf secondes plus tard. Olivier Dimet a attendu tout ce temps pour appeler son temps mort !
Les buts s’enchaînent, sans grande valeur. Hugo Cal contrôle en haut d’enclave la passe en retrait de Fine et signe un doublé personnel (11-6). Un palet est envoyé à la cage par Korneyev alors que Schoch a fait un curieux 360° après un contact apparemment avec son défenseur (12-6). Les Français peuvent toujours faire pire : Zwikel est contré à la bleue en powerplay alors que l’autre joueur mieux placé pour défendre est Hugo Cal avec son kilo de semoule sous chaque lame quand il faut patiner vers son but. Le Kazakhstan part donc à 3 contre 1 en fin d’infériorité numérique (sans même le cinquième joueur sortant de prison) et Assanali Sarkenov marque en une-deux avec Bozhko (13-6).
Treizième attaquant ce soir, Arthur Hostein veut être au diapason de ses coéquipiers quand il entre en jeu : il accroche bien nettement Perkin, de quoi permettre au Kazakhstan de marquer aussi en supériorité numérique par un lancer de la bleue dévié de Cherkassov (14-6). C’est bon, là ? Le pauvre Baptiste Boudet finit à 33% d’arrêts, il doit être content d’être rentré…

Dire que la France semblait en mesure de plier ce match au premier tiers… Le Kazakhstan a depuis longtemps l’art d’endormir son adversaire avec son jeu trompeur sans intensité. Mais un tel naufrage devant un adversaire franchement quelconque laisse sans voix, comme si certaines déroutes en moins de 18 ans (le 2-11 contre la Slovénie de la même génération en 2024) n’avaient suscité aucune remise en cause pour des jeunes joueurs qui n’ont donc pas mûri dans l’intervalle.
C’est gentil d’enfiler des points dans la facilité en junior, mais l’implication défensive est désastreuse. On avait cru voir plus d’engagement contre l’Autriche, peut-être parce qu’un adversaire physique éveillait un peu les Bleuets. Mais ce soir, les carences défensives déjà repérées sont devenues des gouffres, et pire, elles venaient principalement de la passivité, plus que d’un manque de maturité dans la compréhension du jeu. Bon courage au staff pour remettre l’équipe à zéro pointé sur les rails avant les rencontres cruciales pour le maintien face à la Slovénie (déjà 4 points) et l’Ukraine (déjà 3 points)…
On a parlé récemment de gagner du respect pour le hockey français via les performances de Grenoble en CHL. Mais c’est dans ce genre de tournoi joué avec des recruteurs NHL en tribunes (venus plus pour voir un Paul Sintschnig que nos « espoirs » nationaux) que se joue la véritable respectabilité du hockey d’un pays, et celle de la France en prend ce soir un sacré coup…
Désignés joueurs du match : Assanali Sarkenov pour le Kazakhstan et Alexandre Monarque pour la France
Kazakhstan – France 14-6 (1-2, 4-1, 9-3)
Mercredi 10 décembre 2025 à 19h30 à la Ledena Dvorana de Bled (SLO). 93 spectateurs.
Arbitres : Rasmus Ankersen (DAN) et Emils Druseiks (LET) assistés de Niko Jusi (DAN) et Voldemars Rava (LET).
Pénalités : Kazakhstan 16’ (4’, 6’, 6’) ; France 16’ (4’, 6’, 6’).
Tirs : Kazakhstan 33 (5, 14, 14) ; France 44 (17, 9, 18).
Évolution du score :
0-1 à 05’57” : Fine assisté de Cal et P. Hostein
0-2 à 07’27” : Riu assisté de Nsonsa et Monarque
1-2 à 16’44” : Bozhko assisté d’Alibek
2-2 à 24’28” : Shipilin assisté de Ziyash
3-2 à 24’58” : Bozhko assisté de Tussupbekov et As. Sarkenov
4-2 à 35’53” : Simonov assisté de Mindubayev et Shevchenko
4-3 à 36’36” : Fine assisté de P. Hostein et Jribi-Chauvière
5-3 à 39’41” : Korneyev assisté de Bozhko (sup. num.)
6-3 à 40’49” : Cherkassov
7-3 à 44’22” : As. Sarkenov assisté de Bozhko (inf. num.)
7-4 à 44’30” : Monarque assisté de Dufour et Nsonsa Kitala (sup. num.)
8-4 à 44’48” : Alibek assisté de Cherkassov et Al. Sarkenov
8-5 à 46’03” : Cal assisté de Dufour
9-5 à 44’22” : As. Sarkenov assisté de Al. Sarkenov et Korneyev (sup. num.)
10-5 à 51’03” : Al. Sarkenov assisté de Korneyev
11-5 à 51’12” : As. Sarkenov
11-6 à 52’32” : Cal assisté de Fine et P. Hostein
12-6 à 52’48” : Korneyev assisté de Tussupbekov et Shevchenko (sup. num.)
13-6 à 55’09” : As. Sarkenov assisté de Bozhko
14-6 à 57’27” : Cherkassov assisté d’Alibek (sup. num.)
Kazakhstan
Attaquants :
Assanali Sarkenov (C, -4, 4’) – Matvey Umerenkov [puis Bozhko] – Korney Korneyev (+3, 2’)
Abzal Alibek (A, +4, 2’) – Semyon Cherkassov (+1) – Alisher Sarkenov (+2, 4’)
Timur Mindubayev (-1) – Vitaly Bozhko (+4, 2’) [puis Umerenkov] – Timofey Simonov
Karim Kazhibekov (-2) – Aleksandr Perkin (-1) – Roman Dvurechensky (-1)
Défenseurs :
Nurislam Ziyash (+4) – Mstislav Shipilin (+4)
Damir Britikov (+2, 2’) – Ruslan Tussupbekov (+1)
Aleksandr Makarov (A, -1) – Mazhit Imahsev (-1)
Ignat Shevchenko – Sanzhar Ibragim (+1)
Gardien :
Daulet Kuat (29/34) puis à 46’03” Dmitr Ryashin (9/10)
En réserve : Tanirkhan Alpysbayev (G)
France
Attaquants :
Noa Besson (-4, 2’) – Darcy Terglav (-4) – Mathis Dufour (-3)
Noa Nsonsa Kitala (+1) – Alexandre Monarque (2’) – Nathan Riu (+1)
Paul Le Lem (A, -2) – Tom Vidal (-4) – Robinson Djian (-1, 4’)
Kilian Alves Pereira (-1, 2’) – Antonin Fine (C, +1, 2’) – Hugo Cal (-1)
Arthur Hostein (+1, 4’)
Défenseurs :
Maurice Zwikel (A, -3) – Yannick Haag (-2)
Jolan Pfirter (-2) – Robin Guidoux (-1)
Paulin Hostein – Ewen Jribi-Chauvière (-1)
Ilmari Vial (+1)
Gardien :
Guillaume Schoch (16/24) puis à 44’48” Baptiste Boudet (3/9)
En réserve : Maxim Lavoie (G).










































