Le sacrifice n’est pas récompensé

177

Hormis les deux gardiens, avec la titularisations des numéros 1 attendus (Masalskis et Genoni), Suisse et Lettonie n’ont rien changé à leur composition par rapport à hier. Sven Andrighetto a certes participé à l’entraînement de la journée avec la Nati, mais reste ménagé pour l’instant pour se remettre des 13 heures de voyage. Les deux équipes ont livré un festival offensif à leur premier match : faut-il s’attendre à un spectacle échevelé ? Ceux qui l’espèrent seront déçus entre deux équipes trop bien en place, avec un trop fort enjeu, l’accession en quart de finale dépendant beaucoup de cette rencontre. Le spectacle réside plutôt dans l’engagement sans faille et le sacrifice des joueurs.

Il y a très peu d’espaces de part et d’autre, avec des défenseurs qui bloquent l’accès du slot ou y empêchent l’utilisation des crosses. Il faut attendre la neuvième minute pour que survienne le premier tir letton, signé Ronalds Kenins. Leonardo Genoni laisse un rebond à l’opposé à Balcers, mais le gardien champion de Suisse, dans son déplacement latéral, détourne le tir du bout du gant. Teodors prend la seule pénalité de la période en entrant dans une mêlée devant le but suisse. Lino Martschini organise le jeu de puissance et trouve Gaëtan Haas près de la cage, mais Merzlikins est à la parade. Une seule occasion notable de chaque côté en vingt minutes, donc.

Ce n’est pas le premier avantage numérique de la Lettonie qui emballera le match car elle s’y montre trop attentiste. Elle obtient simplement un tir à mi-distance d’Indrasis dans l’épaule droite de Genoni. Les Suisses prennent ensuite peu à peu le dessus, jusqu’à ce que Ralf Freibergs fasse trébucher Andres Ambühl en fond de zone. Le powerplay suisse est en échec : Hischier et Fiala perdent tous leurs duels dans les bandes, tandis que Loeffel se fait contrer à la ligne bleue par Emil Gegeris qui se procure un lancer excentré en contre-attaque. La Lettonie perd néanmoins gros : Abols ne reparaît plus sur la glace car il s’est blessé en bloquant un lancer. Le sacrifice n’est pas un vain mot en Lettonie.

En sachant justement que les défenseurs lettons font toujours barrage de leurs corps devant chaque palet, le junior Philipp Kurashev a la bonne inspiration de patienter avant de lancer. Merzlikins est très avancé et le palet arrive sur Grégory Hoffmann à droite du but avec la cage ouverte. Il inscrit le premier but, qui s’annonce capital dans un match pareil. Mais la Lettonie repart aussitôt à l’attaque, et Haas est pénalisé pour avoir déplacé le poteau en se jetant dans sa cage. L’avantage numérique est aussitôt transformé : Miks Indrasis, dans le cercle gauche, utilise le relais de Balcers en fond de zone pour éliminer le défenseur Frick et reprend d’un tir croisé au-dessus de la botte de Genoni. Le score ne se sera débloqué que pendant 31 secondes !

Une pénalité de Weber permet aux Baltes de garder le momentum. Néanmoins, Indrasis, en perçant dans l’axe jusqu’à la cage, est sanctionné pour n’avoir pas maîtrisé sa crosse qui blesse Loeffel à la bouche (2’+2′). Pire, le capitaine Darzins dégage le palet du revers par-dessus les plexis. La Lettonie finit donc la période à 3 contre 5. Merzlikins est solide devant une déviation de Simon Moser et fait un arrêt-mitaine impressionnant sur un lancer pourtant très puissant de Roman Josi. Patrick Fischer utilise son temps mort à douze secondes seulement de la sirène : une combinaison préparée suit, mais la passe transversale de Josi est lue et interceptée par Kristaps Sotnieks. Plus gros temps de jeu de tous les participants à ce match (déjà plus de 17 minutes sur 40), Sotnieks est encore sur la glace au retour des vestiaires pour tuer le restant de double puis de simple infériorité.

On retrouve la même Lettonie que l’an passé : un effort total, une solidarité exemplaire et un harcèlement de tous les instants qui ne laisse pas respirer l’adversaire. Son acharnement à gratter chaque rondelle provoque des pertes de palet de Hofmann ou encore de Bertschy, qui accroche Rihards Bukarts derrière la cage helvétique. Une pénalité qui en annonce d’autres : Kurashev fait trébucher le même joueur après avoir remporté une mise au jeu, et quand il revient sur la glace, Raphael Diaz inflige un cinglage à l’autre frère, Roberts Bukarts, qui se relève comme s’il ne pouvait plus marcher… et jouera le powerplay qui suit. La pression balte est de plus en plus forte à chaque fois, mais les Suisses sont maintenant eux aussi en effort maximal en infériorité numérique. Diaz et Josi sauvent tour à tour la patrie en écartant le palet en catastrophe devant la cage grande ouverte.

On revient à cinq contre cinq. Roman Josi envoie le palet dans le slot : Galvins parvient à prendre Praplan sur le premier tir, mais Sotnieks est en retard sur Nico Hischier qui a le temps de s’y reprendre à deux fois du revers pour marquer. Le numéro 1 de la draft NHL 2016 inscrit là un but absolument capital. Le « challenge » vidéo demandé par Bob Hartley a surtout pour but de reposer ses joueurs et de donner ses consignes pour les trois minutes restantes. Il sort ensuite son gardien à l’avant-dernière minute, mais une réception de palet échappe de la crosse de Blugers et Simon Moser part marquer en angle fermé pour clore les débats.

La Suisse peut souffler : elle s’est sortie du principal piège qui l’attendait sur la route des quarts de finale, dans cette bataille acharnée sur chaque palet. La Lettonie n’a rien perdu de son hockey teigneux et étouffant de l’an passé, mais on savait que la qualification serait plus difficile dans le groupe de la Suisse. Elle devra désormais chercher au moins un exploit contre un des gros, les Tchèques, les Suédois et les Lettons. Mais avec l’état d’esprit qu’elle a encore démontré ce soir, rien ne lui est impossible. Ses supporters le savent, qui étaient extrêmement tendus puis abattus, mais chantent longtemps des « Latvija » pour rendre hommage à leur équipe.

Désignés joueurs du match : Elvis Merzlikins pour la Lettonie et Nico Hischier pour la Suisse.

Commentaires d’après-match

Bob Hartley (entraîneur de la Lettonie) : « Très déçu. Nos gars méritaient mieux, ils ont bataillé très dur. C’était un match incroyable quand on considère que ce n’est qu’un match de poule. Nous n’avions pas le droit de laisser une place libre à Nico Hischier, il nous l’a fait payer, c’était le moment décisif. Tenir à 3 contre 5 était très important, je ne peux pas demander plus à mes joueurs. À ce moment nous étions sans Rodrigo Abols, qui est un très bon joueur défensif, et nous avins dû changer nos lignes. »

Nico Hischier (attaquant de la Suisse) : « C’était magnifique de pouvoir jouer dans une telle atmosphère, c’est pour ça que l’on devient hockeyeur. C’était une partie très intensive et les Lettons étaient d’un tout autre calibre que les Italiens. On a bien joué à 5 contre 5, mais notre jeu de puissance n’a pas été bon ce soir. Mais en tuant des pénalités, on a retrouvé le momentum en troisième période. Nous n’avons jamais lâché, je suis bien sûr heureux de mon but, mais le plus beau, c’était la célébration avec toute l’équipe après la sirène finale. »

 

Lettonie – Suisse 1-3 (0-0, 1-1, 0-2)
Dimanche 12 mai 2019 à 20h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 7773 spectateurs.
Arbitrage de Brett Iverson (CAN) et Mikko Kaukokari (FIN) assistés de Bill Hancock (USA) et Miroslav Lhotsky (SVK).
Pénalités : Lettonie 10′ (2′, 8′, 0′) ; Suisse 12′ (0′, 6′, 6′).
Tirs : Lettonie 21 (6, 8, 7) ; Suisse 37 (9, 13, 15).

Évolution du score :
0-1 à 33’44 : Hofmann assisté de Kurashev et Martschini
1-1 à 34’15 : Indrašis assisté de Balcers (sup. num.)
1-2 à 56’21 : Hischier assisté de Praplan et Josi
1-3 à 59’19 : S. Moser (cage vide)

Lettonie

Attaquants :
Lauris Dārziņš (C, -1, 2′) – Miks Indrašis (4′) – Mārtiņš Dzierkals
Rūdolfs Balcers (-2) – Rodrigo Ābols – Ronalds Ķēniņš (-2)
Roberts Bukarts (-1) – Teodors Bļugers (-2, 2′) – Rihards Bukarts (A, -1)
Emīls Ģēģeris – Oskars Batņa – Gints Meija
Rihards Marenis

Défenseurs :
Guntis Galviņš (-2) – Oskars Cibuļskis (-1)
Ralfs Freibergs (-1, 2′) – Kristaps Sotnieks (A, -2)
Artūrs Kulda – Uvis Balinskis
Kristaps Zīle [2 présences]

Gardien :
Elvis Merzļikins [sorti de 58’18 à 59’19]

Remplaçant : Kristers Gudļevskis (G). En réserve : Gustavs Grigals (G).

Suisse

Attaquants :
Kevin Fiala (+1, 2′) – Nico Hischier (+1) – Vincent Praplan (+1)
Simon Moser (A, +1) – Gaëtan Haas (+1, 2′) – Andres Ambühl
Grégory Hofmann (+1) – Philipp Kurashev (+1, 2′) – Lino Martschini (+1)
Tristan Scherwey – Christoph Bertschy (2′) – Noah Rod

Défenseurs :
Roman Josi (A, +2) – Yannick Weber (+2, 2′)
Janis Moser – Raphael Diaz (C, +1, 2′)
Joël Genazzi – Romain Loeffel
Lukas Frick (+1) – Michael Fora (+1)

Gardien :
Leonardo Genoni

Remplaçant : Robert Mayer (G). En réserve : Reto Berra (G).

Les commentaires sont fermés.

amet, eget ante. vel, eleifend dictum felis