Larkin éclipse le débat Hughes-Kakko

273

En 2016, Auston Matthews et Patrik Laine s’affrontaient à Saint-Pétersbourg sous les yeux de centaines de scouts ?NHL à quelques semaines de la draft. Hasard et coïncidence, un Américain et un Finlandais vont vivre la même curieuse expérience ici en Slovaquie.

Jack Hughes, recordman de points du programme de sélection U18 américain (devant Kane, Kessel, Matthews) et meilleur marqueur du dernier Mondial U18 – où il a frôlé le record historique de Nikita Kucherov. De l’autre Kaapo Kakko, qui compte déjà cinq points en deux matchs, médaillé d’or au Mondial U20 et recordman de buts pour un U18 en Finlande (22).

Dans les tribunes, de nombreux scouts, dont ceux des Devils du New Jersey, qui piocheront l’un des deux en premier, et sont bien embêtés de l’explosion à Košice de Kakko…

Les États-Unis opportunistes

La Finlande débute avec une première présence dangereuse sur le but de Schneider, mais perd ensuite le palet. Eichel le remonte jusqu’à la ligne de fond, se retourne et sert DeBrincat. L’ailier de Chicago remise sur Brady Skjei lancé depuis le banc, et l’arrière des Rangers expédie une volée qui profite de l’écran d’Eichel pour tromper Vehviläinen (1-0). Cinquante secondes, cela n’a pas traîné !

Un but qui donne confiance aux États-Unis. Précis dans leur jeu, ils sortent le palet proprement, à défaut d’obtenir d’autres occasions. Leur application leur permet en outre de limiter énormément le danger dans leur propre camp. Bonus, le but a douché le public finlandais, et l’ambiance est plutôt silencieuse pendant plusieurs minutes…

La Finlande peine donc à sortir de sa zone, et doit attendre la huitième minute pour inquiéter Schneider, qui bloque difficilement un lancer du cercle droit. Peu après, Manninen devance Schneider sur un palet envoyé au fond et centre devant la cage vers Kakko. Le palet est contré et revient sur Manninen, qui, dans un angle impossible, tente de lancer dans un but ouvert… poteau !

Les États-Unis repartent. Après un tir du revers de van Riemsdyk, la mise au jeu offensive est gagnée et revient sur Gaudreau. L’ailier de Calgary s’avance ligne de fond et tente un tir en hauteur dans un angle très fermé. Le palet passe au dessus de Vehviläinen, sous la barre (2-0).

Les joueurs de Blashill défendent cette avance avec beaucoup de sacrifice en défense, ce qui permet de placer des contre-attaques rapides. Colin White se retrouve à bout portant après un une-deux et échoue sur Vehviläinen. Le portier de Kärpät, ancien champion du monde junior (2016) et meilleur gardien de Liiga l’an dernier, gagne ensuite son duel devant Kane, en deux-contre-un avec DeBrincat.

La Finlande semble accuser le coup, mais revient dans la partie dans la dernière minute. Le palet est sorti depuis la zone finlandaise et Manninen envoie Pesonen sur l’aile gauche. Le joueur des SCL Tigers tire depuis le cercle, et trouve un espace entre la plaque du gardien des Devils et le poteau (2-1). Le départ de tir a été dévié par la crosse de Skjei, ce qui a surpris Schneider sur cet angle fermé.

Un tiers cadenassé

La partie est relancée à l’orée de ce deuxième tiers. Et les États-Unis ont la main dessus. Ils dominent en possession et se créent encore une bonne chance avec un gros travail d’Eichel au fond. Le joueur des Sabres revient devant la cage juste à temps pour dévier le tir d’Hanifin, de peu hors cadre.

Après quelques minutes, arrive le moment que tout le monde attendait : le duel Kakko-Hughes ! Les deux prodiges se retrouvent sur la glace en même temps et entament un long duel contre la bande, chacun bataillant pour la possession, sous les yeux des nombreux scouts en tribunes – dont deux des Devils du New Jersey, qui auront le premier choix de la draft NHL en juin… De quoi alimenter leurs réflexions !

Une séquence qui traduit la montée en intensité de la partie. Les esprits s’échauffent devant Schneider peu après, puis Larkin subit une crosse haute qui coûte deux minutes à Tyrväinen. La Finlande détruit les entrées en zone américaines et annule la supériorité sans concéder le moindre tir.

La partie se referme. Les deux équipes sont bloquées dans la neutre, n’arrivent pas à entrer en possession. Une pénalité changera-t-elle la donne ? Une crosse haute de Kane offre cette chance à la Finlande, et Kakko manque un rebond ligne de fond, gêné par la crosse de Suter devant la cage ouverte. Savinainen échoue ensuite sur Schneider, d’un tir entre les cercles.

La pénalité est tuée et, dans une partie très fermée, les deux équipes obtiennent une occasion en fin de tiers. Keller côté américain, d’un tir entre les cercles qui finit sur le masque de Vehviläinen, et Tyrväinen de l’autre. Une charge avec la crosse de White à moins de deux minutes du terme accentue la pression : Manninen, plein axe, échoue sur Schneider. Le palet reste en zone. Manninen joue le meneur de jeu et Ojamäki profite d’un tout petit espace pour expédier un tir laser en lucarne (2-2). Une vitesse de décoche incroyable sur ce but !

Bras de fer tactique

Le jeu ne s’ouvre pas plus au troisième tiers. Deux formations prudentes, qui cadenassent la neutre et éliminent les occasions. Malgré tout, sur une énorme erreur de relance, Anttila intercepte à la bleue et se retrouve seul devant Schneider, qui sauve de la plaque.

Les deux gardiens ont bien repris leurs esprits et s’imposent devant les quelques incursions, à l’image d’un arrêt de Vehviläinen sur une volée de Kane, servi par un renversement de DeBrincat. Le gardien nordique se montre ensuite décisif sur sa ligne face à une déviation et un rebond de Vatrano, au point d’en perdre sa mitaine.

Après un arrêt de Schneider, Kane remonte le palet et Larkin bataille dans le coin. DeBrincat sort le disque et trouve Fox entre les cercles pour un tir très dangereux. Le jeu repart de l’autre côté à toute vitesse, Schneider est au sol et la défense se jette devant Kakko… Le compteur de tirs reste équitable, et, à quatre minutes de la fin, rien n’est fait.

Kakko, lancé sur l’aile gauche en deux-contre-deux, échoue ensuite sur un Schneider vigilant. Mais les minutes défilent, la zone neutre reste embouteillée : prolongation !

Larkin, en renard

La période supplémentaire est à l’image du match : indécise. La Finlande attaque la cage, avec notamment une énorme présence de Kakko, véritable taureau en protection de palet, mais Schneider ne plie pas. De l’autre côté, les États-Unis sont habiles à intercepter et tourner en zone. Alors qu’un changement de ligne est en cours, Larkin finit par trancher le débat : il profite d’une défense statique pour s’avancer au cercle et tromper Vehviläinen d’un tir croisé (3-2).

Le duel Kakko-Hughes aura sans doute éclipsé médiatiquement cette très belle rencontre de hockey, extrêmement tactique et disputée. Deux équipes taillées pour aller loin dans ce tournoi. Hughes, avec 9’24 de jeu, aura été l’un des moins utilisés de son équipe et n’a pris aucun tir. En face, Kakko aura joué 18’46, le plus gros temps de jeu de la Finlande, et termine avec six tirs. Le Finlandais marque les esprits dans ce Mondial : il est physiquement prêt au très haut niveau, là où, pour son homologue américain, on parle plutôt de potentiel après une saison junior historique. Dans tous les cas, la pire place est celle des Devils, qui doivent avoir la hantise que celui des deux qu’ils ne choisiront pas explose chez le deuxième de la draft. Leur voisin et rival des Rangers de New York…

Désignés joueurs du match : Brady Skjei (États-Unis) et Sakari Manninen (Finlande)

Commentaires d’après-match :
Adam Fox (États-Unis) : « La Finlande a une très belle équipe, l’une des meilleurs du tournoi. Nous savions que ce serait une bataille difficile et ce sont des points importants pour nous. L’équipe est ensemble depuis une semaine maintenant et on sent l’alchimie se faire, les combinaisons de lignes marchent mieux. »

Brady Skjei (défenseur des États-Unis) : « Nous avons bien débuté, mais la Finlande a marqué deux fois en fin de tiers. Nous voulions rester concentrés pour le troisième et nous l’avons plutôt bien fait. J’ai marqué très vite oui, cela fait du bien ! Mais toute l’équipe est contente de ce match. Hughes et Kakko ? Ce sont deux formidables jeunes joueurs mais ce n’est pas moi qui décide lequel ira aux Rangers ! [Un journaliste finlandais insiste] Kakko ? Il a de très grandes qualités, il est puissant, c’est un très grand joueur. »

États-Unis – Finlande 3-2 après prolongation (2-1, 0-1, 0-0, 1-0)
Lundi 13 mai 2019, 16h15. Steel Arena de Košice, Slovaquie. 7060 spectateurs.
Arbitrage de Jan Hribik (TCH) et Yevgeni Romasko (RUS) assistés de Gleb Lazarev (RUS) et Jiri Ondracek (TCH)
Pénalités : États-Unis 4′ (0′, 4′, 0′, 0′), Finlande 2′ (0′, 2′, 0′, 0′)
Tirs : États-Unis 29 (10, 6, 11, 2), Finlande 26 (9, 6, 11, 0)

Récapitulatif du score
1-0 à 00’50 : Skjei assisté de DeBrincat et Eichel
2-0 à 10’36 : Gaudreau assisté de Eichel
2-1 à 19’05 : Pesonen assisté de Manninen et Koivisto
2-2 à 39’28 : Ojamäki assisté de Manninen et Kaski (sup. num.)
3-2 à 63’47 : Larkin assisté de Q. Hughes et Keller

États-Unis

Attaquants :
Alex DeBrincat – Dylan Larkin (A) – Patrick Kane (C, 2′)
Johnny Gaudreau (+1) – Jack Eichel – Chris Kreider (+1)
James Van Riemsdyk – Jack Hughes – Clayton Keller
Derek Ryan – Frank Vatrano – Colin White (2′)
Luke Glendening

Défenseurs :
Ryan Suter (A, -1) – Alec Martinez
Brady Skjei – Noah Hanifin (+2)
Quinn Hughes (+1) – Adam Fox
Christian Wolanin (+1, n’a pas joué au 3e tiers)

Gardien :
Cory Schneider

Remplaçant : Thatcher Demko (G)

Finlande

Attaquants :
Toni Rajala (-1) – Juhani Tyrväinen (2′, -2) – Kristian Kuusela (-1)
Harri Pesonen (+1) – Sakari Manninen (+1) – Kaapo Kakko (+1)
Veli-Matti Savinainen (A, -1) – Eetu Luostarinen (-1) – Niko Ojamäki (-2)
Jere Sallinen – Juho Lammikko – Marko Anttila (C)

Défenseurs :
Mikko Lehtonen (A, -1) – Atte Ohtamaa (-2)
Petteri Lindbohm – Henri Jokiharju
Niko Mikkola – Oliwer Kaski
Miika Koivisto – Jani Hakanpää

Gardien :
Veini Vehviläinen

Remplaçant : Juho Olkinuora (G). Réservistes : Kevin Lankinen (G), Joel Kiviranta (A), Arttu Ilomäki (A)

Les commentaires sont fermés.

Aenean sit libero odio facilisis quis sed Praesent Aliquam