Une finale dantesque

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C’est la neuvième finale Canada-Russie en U20 : les deux pays en sont à 4 victoires chacun… Une finale qui est à la fois un classique et une petite surprise, tant les deux formations ont alterné le chaud et le froid dans le tournoi.

Le froid, côté russe, fut la défaite contre les Tchèques et les Américains, avant de monter en puissance jusqu’en finale.

Le froid, côté canadien, fut la déroute 6-0 contre cette même Russie et la frayeur de la blessure d’Alexis Lafrénière… finalement moins grave qu’attendue, puisque le prodige fut au cœur des succès de son pays en quarts et en demi-finales. En revanche, « l’affaire du casque » a fait grand bruit : lorsque Barrett Hayton, le capitaine du Canada, n’a pas retiré son casque pendant l’hymne russe, le climat s’est encore plus enveminé entre les deux équipes. Froid… oui, comme une guerre froide, sur la glace.

Le match débute avec un rythme très élevé. La Russie joue la carte physique et les contacts, appuyés, s’intensifient. Cela patine à toute vitesse des deux côtés… Un faire trébucher de McIsaac donne la première chance à la Russie en supériorité, mais les blancs n’en profitent pas. La défense canadienne s’est bien regroupée devant Hofer.

Cinq minutes plus tard, le jeu de puissance canadien est à son tour à l’oeuvre sur un accrochage d’Alexandrov sur Veleno. Avec 12 buts sur 27 tentatives, le danger est réel. Mais la défense russe verrouille l’accès à la cage. Miftakhov fait le reste.

Lorsque Veleno sort à son tour pour un cinglage évident, la Russie tente mais ne passe pas plus. Nouvelle chance dès le retour à cinq, Ty Smith étant puni pour retenir. Hofer résiste avec un joli réflexe lorsqu’un centre est dévié par la jambe de McIsaac : il étire la jambière et conserve le 0-0.

Le Canada ne reste pas longtemps à cinq : Bahl est puni pour cinglage sur Voronkov devant le but. Khovanov, Romanov sonnent la charge et allument de loin. Le Canada tient le choc, avec un Hofer très solide, et une bonne présence de Drysdale, décisif. Le Canada vient de tuer six minutes d’infériorité de suite.

De retour au complet, le Canada finit fort, avec une présence longue durée en zone offensive et plusieurs essais de tirs, bloqués par les défenseurs russes. Pas de but après vingt minutes disputées à cent à l’heure…

Pas de ralentissement au retour : mise au jeu défensive, Lafrénière surgit et lance un 3-contre-2. Il écarte à gauche, le tir est sauvé par le gardien et un cafouillage naît dans l’enclave. Pylenkov met la main sur le palet et sort pour ce retard de jeu. Le jeu de puissance canadien s’installe et Lafrénière décoche la première flèche. Veleno enchaîne sur le deuxième groupe, servi en retrait par le prodige québécois, sans plus de réussite.

De retour à égalité numérique, le Canada confisque le palet et attaque la cage. La Russie doit donc évoluer en contre-attaque. Romanov percute ainsi à lui tout seul la défense adverse et Hofer doit intervenir.

Après huit minutes, la Russie se retrouve en supériorité lorsque Hayton est sanctionné pour avoir retenu une crosse adverse. Une décision qui le laisse sans voix, tant il était convaincu d’avoir été victime d’un accrochage. Hofer brille avec un arrêt de la crosse sur Marchenko, puis un autre sur Morozov. Denisenko enchaîne, prend son rebond et parvient à renvoyer le palet vers la bleue. Un tir lointain de Zamula est alors dévié par Aleksandrov et piège Hofer (0-1). La vidéo confirme le but.

Le Canada part à l’abordage avec Hayton, Lafrénière, Cozens. Il y a le feu dans la défense russe, qui concède deux pénalités sur la même action. 5-contre-3 crucial à venir pour les hommes de Dale Hunter : Voronkov et Zhuravlyov se rongent les sangs sur le banc des punis… Et ils ont raison : le Canada égalise rapidement. La possession est gagnée sur la mise au jeu et le jeu se met en place. Lafrénière lance, Veleno chasse le rebond dans le slot et Cozens, oublié, profite de l’aubaine (1-1). Le gardien réclame une obstruction, mais aucune révision vidéo n’est appelée.

Il reste 1’30 de supériorité. Miftakhov sort un arrêt et en perd son masque. La Russie contrôle mieux et échappe au pire.

Le jeu ne ralentit pas un instant, avec moins de coupure. Hofer sauve devant Alexandrov et Byram prend le rebond, le relance vers Foudy en deux-contre-un : arrêt de Miftakhov. Le portier russe sauve ensuite devant Dellandrea, et la Russie part de l’autre côté. Denisenko vient alors chasser un rebond de Romanov en deux temps (1-2).

Le Canada donne tout. Après un lourd contact entre Bernard-Docker et Marchenko, Lafrénière crée une chance dans l’enclave, avec des rebonds camouflés par la défense. Tout comme Miftakhov, Hofer se montre solide et bloque deux tirs de suite sur une mise au jeu gagnée par la Russie. Après tant de minutes rythmées à égalité numérique, les esprits s’échauffent et Zamula concède une pénalité complètement inutile sur Hayton. Le Canada débutera le troisième tiers en supériorité.

Au retour, les tirs canadiens ne franchissent pas le rideau défensif russe, bien construit autour d’un Romanov au sommet de son art. Le jeu revient à égalité numérique et une longue passe envoie McMichael en échappée. Il perd son duel contre Miftakhov, côté bouclier. Une occasion en or de ratée, et quelques minutes plus tard, la Russie creuse l’écart. Kruglov gagne son duel le long de la bande et le palet revient derrière le but. Kruglov sert Sorkin, qui utilise McIsaac comme écran et trompe Hofer (1-3).

La Russie pense avoir fait le plus dur, mais une bonne entrée en zone canadienne libère Addison sur l’aile droite, qui lance dans le paquet. Le palet est dévié par la jambe de McMichael et finit au fond. La révision vidéo valide le but fort logiquement (2-3).

Voronkov assénant un coup de crosse au visage de Dellandrea sur une mise au jeu, le Canada reçoit une chance de revenir à 8’48 de la fin. C’est ce qu’on appelle une pénalité inutile… Et les noirs ne traînent pas : mise au jeu gagnée, palet déplacé de gauche à droite et Hayton contrôle, avant d’expédier un tir du poignet côté bouclier (3-3). Le capitaine joue son rôle, lui qui était incertain pour ce match après avoir quitté la demi-finale après un lourd contact sur son épaule…

Le capitaine subit ensuite un choc dans la neutre et semble à la peine sur le banc. Pendant ce temps, Romanov s’infiltre et son tir excentré ne surprend pas Hofer.

À 3’57 de la fin, Akil Thomas s’échappe sur l’aile droite et prend de vitesse la défense. Le palet est un poil loin, mais il parvient à le voler sous le nez de Miftakhov, le feinter et lever son tir (4-3). Thomas ne comptait que quatre minutes de temps de jeu, et était sur la glace parce que Hayton était blessé !

La Russie réagit en force, et provoque une pénalité à 2’41 de la fin. Bahl sort pour un accrochage… et la Russie sort son gardien pour un six-contre-quatre, avant même la mise au jeu. Romanov place le premier missile, capté par Hofer. Le gardien dégage ensuite lui-même un autre lancer, qui se transforme en mise au jeu dans la neutre. Miftakhov reste sur le banc. Aidan Dudas dégage alors, et le palet touche une caméra accrochée au-dessus du plexiglas… Les officiels jugent que cela fait partie du jeu et ne donnent pas de pénalité aux Canadiens, une décision qui laisse pantois.

Il s’avère après examen des lois du jeu que les officiels ont appliqué l’article 135, alinéa V : « Un  joueur qui lève le palet depuis la zone défensive et touche le panneau d’affichage ou n’importe quel autre objet au-dessus de la surface de jeu, causant un arrêt de jeu, ne recevra pas de pénalité ». La caméra de TSN (ironie de l’histoire) dépassait un peu au dessus de la glace…

Et au lieu d’avoir un 6 contre 3, les Russes sont sanctionnés dès l’engagement : Dorofeyev est puni pour obstruction. Le mental cède sur ces deux coups du sort, et Denisenko est puni à son tour pour avoir bêtement joué le palet avec un morceau de sa crosse cassée.

Il reste une poignée de secondes et le Canada remporte donc sa 18e médaille d’or – la première en Europe depuis 2008 – à l’issue d’un scénario dantesque. Cette finale restera à coup sûr dans l’histoire !

Désignés joueurs du match : Barrett Hayton (Canada) et Nikita Aleksandrov (Russie).

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Commentaires d’après-match

Valeri Bragin (entraîneur de la Russie) : « Le plus important, c’est que le style de jeu montré à ce championnat est le futur du hockey russe. Nous avons joué tous les matches en position de force, et nous devons continuer dans cette direction. Le Canada a joué presque tout le match en défense, nous nous y attendions après le match ouvert en poule. Avec un score de 3-1, il faut finir le match. Cet effectif est très impulsif. Il y a du caractère, les émotions ont débordé, on a essayé de le combattre mais il y a eu des pénalités inutiles. La décision des arbitres a été incompréhensible [sur le palet dans la caméra]. Cela valait deux minutes. »

Alexis Lafrenière (attaquant du Canada, photo ci-dessous) : « C’était vraiment spécial de gagner ce match. C’est un grand honneur d’avoir été choisi comme MVP de ce tournoi, mais je ne suis pas le seul à avoir travaillé. On a tous donné le meilleur. Quand le score était de 1-3, nous avons continué de travailler dans le même esprit. Nous avons été un peu chanceux sur le deuxième but. Bien sûr, tout le monde voulait vraiment battre la Russie après le match de poule (0-6). »

Canada – Russie 4-3 (0-0, 1-2, 3-1)
Dimanche 5 janvier 2020 à 19h00 à l’Ostravar Arena (TCH). 8693 spectateurs.
Arbitrage de Lassi Heikkinen et Kristian Vikman (FIN) assistés de Ludvig Lundgren (SUE) et Simon Synek (SVK).
Pénalités : Canada 12′ (8′, 2′, 2′) ; Russie 16′ (2′, 8′, 6′).
Tirs : Canada 30 (7, 16, 7), Russie 38 (10, 14, 14).

Évolution du score :
0-1 à 29’37 : Aleksandrov assisté de Zamula et Denisenko (sup. num.)
1-1 à 31’01 : Cozens assisté de Veleno et Lafrénière (double sup. num.)
1-2 à 34’46 : Denisenko assisté de Romanov et Sokolov
1-3 à 48’46 : Sorkin assisté de Kruglov
2-3 à 49’20 : McMichael assisté de Addison et Byram
3-3 à 51’21 : Hayton assisté de Addison et Lafrénière (sup. num.)
4-3 à 56’02 : Thomas assisté de McMichael et Addison

Russie

Attaquants :
Grigori Denisenko (C, 2′, +1) – Aleksandr Khovanov (+1) – Egor Sokolov (+1)
Kirill Marchenko (-2) – Dmitri Voronkov (4′, -1) – Vasily Podkolzin (A, -1)
Nikita Aleksandrov (2′) – Ivan Morozov – Pavel Dorofeev (2′)
Maksim Sorkin – Ilya Kruglov – Nikita Rtishchev (+1)

Défenseurs :
Aleksandr Romanov (A, +1) – Danila Galenyuk (+1)
Danil Mysul – Danila Zhuravlyov (2′)
Daniil Pylenkov (2′, -1) – Egor Zamula (2′, -1)

Gardien :
Amir Miftakhov [sorti de sa cage de 57’19 à 58’34 puis à 59’01]

Remplaçants : Yaroslav Askarov (G), Anton Malyshev (D), Maxim Groshev (A). Réserviste : Daniil Isayev (G)

Canada

Attaquants :
Alexis Lafrenière (-1) – Barrett Hayton (C, 2′, -1) – Nolan Foote (-1)
Liam Foudy (-1) – Joe Veleno (A, 2′) – Dylan Cozens (+1)
Connor McMichael (+2) – Ty Dellandrea (A, -1) – Aidan Dudas (-1)
Dawson Mercer – Akil Thomas (+1) – Raphaël Lavoie (+2)

Défenseurs :
Jared McIsaac (2′, -1) – Ty Smith (2′, -1)
Bowen Byram (+2) – Jacob Bernard-Docker
Kevin Bahl (4′, -1) – Calen Addison (+1)
Jamie Drysdale

Gardien :
Joel Hofer

Remplaçants : Nico Daws (G), Quinton Byfield (A). Réserviste : Olivier Rodrigue (G).

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